‹ Les boucaniers (volume 2)Chapitre 11 sur 240 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

vous m'interrogez! Je suis un ignorant, moi, qui ne comprends les choses que quand on lui met le doigt dessus ! Mais je suis pressé, je vous quitte.

— Tu as tort, dit tranquillement l'inconnu , j'allais te donner encore un écu...

— Eh bien, donnez! j'ai tout de même le temps de le prendre !

— Non, réflexion faite, je garde cet argent pour le premier gars que je rencontrerai sur mon chemin et qui me fournira sur le chevalier de Morvan des renseignements plus précis que ceux que tu possèdes.

Alain hésita un moment, puis prenant enfin son parti :

— Personne n'est aussi à même que moi de le connaître, le chevalier de Morvan, s'écria-t-il , je suis son serviteur. Seulement, dépêchez-vous, mes minutes sont comptées.

— Ah ! tu es le serviteur de Morvan et tu ne me le disais pas, drôle !

— Dame, vous ne me l'aviez pas demandé.

— Au fait, c'est juste! Quel est le caractère de ton maître.

— Mon maître est un bon chrétien !

Le cavalier fronça les sourcils et reprit d'une voix dure et brève :

50 LES BOUCANIEHS.

— Explique-toi plus clairement. Qu'entcndstu par ces paroles?

J'appelle les choses parleur nom. Je prétends que M. le chevalier est un bon chrétien, parce qu'il est bon et généreux avec les pauvres, doux comme un agneau avec les enfants, et terrible comme un loup enragé avec les méchants.

Celle réponse parut causer un sensible plaisir à l'inconnu, qui se mit à sourire.

— Ainsi, le chevalier, continua-t-il, est un gars solide, qui ne boude pas à l'occasion?

— Si vous êtes venu à Penmarck avec l'intention de lui chercher une querelle, vous pouvez oie bailler deux écus pour le conseil que je \ou> <loiine de vous sauver au plus vite, et je vous promets que jamais de votre vie vous n'aurez mieux dépensé votre argent.

— Il tape donc bien dur, le chevalier?

— S'il lape dur. bonne mère de Dieu! Il n'y a point son pareil à dix lieues à la ronde. Nous sommes, moi et Legallec, les deux plus solides gars de Penmarck; eh bien, tin jour que j'ai voulu lutter avec M, le chevalier, pour lui obéir, il m'a serré «l'une telle force, que tous mes os en ont craqué et que, si ce n'était le respect que je lui devais cl l'éducation que j'ai reçue, je me serais mis a crier connue un chat qu'on échaude.

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