CHAPITRE PREMIER
— Dis-moi, a-t-il plusieurs maîtresses, le chevalier?
A cette question, Alain rougit, et, regardant le cavalier avec des yeux étincelants :
— Si vous croyez pouvoir, pour un écu, insulter devant moi mon maître, vous vous trompez, lui dit-il. Je n'ai que mon penbas à opposer h vos pistolets; mais, foi de Dieu, n'y revenez plus, ou je commence la bataille !
Il fallait que rindignalion du bas Breton fût bien grande, pour lui faire oublier ainsi toute prudence. Au reste, le cavalier, loin de se fâcher de ses menaces, parut ravi de ce qu'il venait d'apprendre.
— Tiens, mon garçon, lui dit-il, voici l'écuque je t'ai promis. Tu peux poursuivre ta route, je ne te retiens plus... Ah ! à propos, quelle est la meilleure auberge de Penmarck?
— Il n'y a pas d'auberge à Penmarck.
— Et ton maître, où demeure t-il?
— Dans cette maison solitaire que vous apercevez d'ici tout contre la plage.
— Merci et à revoir. Puisqu'il n'y a pas d'auberge, je me logerai dans la première cabane que je rencontrerai.
— Si vous voulez croire le conseil d'un honnête gars, vous ne vous logerez nulle part, et
\mis oe passerez pas la nuit à Penmarek! Un homme qui sème sur sa route les (''eus comme vous faites n'aurait jamais du venir ici !
— Oh ! je connais de réputation les mœurs hospitalières des Penmarckais , répondit l'inconnu, à qui les paroles d'Alain ne parurent causer aucune émotion. Je nie tiendrai sur mes gardes.
Un violent coup de tonnerre interrompit la conversation des deux hommes, qui se séparèrent , l'inconnu pour aller sans doute chercher an abri, Alain pour rejoindre son maître.
Comme le serviteur bas breton avait une confiance illimitée dans l'efficacité des cierges brûlés, il ne lui nullement surpris, en arrivant à la plage, de rencontrer son maître, qui lui apprit, que, n'ayant aperçu aucun navire en vue, ils ne devaient pas s'embarquer. Alain, tout joyeux en songeant que si son premier souhait avait
été si vite exaucé, il ne pouvait manquer d'en
êtl c de même pour le second, et que par conséquent la nuit, ne se passerait, pas sans amener
de nombreux débris sur la plage, s'empressa de
hâter le pas pour atteindre la maison de son mailre avant le coniincnccnicnl de la tempête. De larges poulies de pluie, qui tombaient lour-