‹ Les boucaniers (volume 2)Chapitre 114 sur 240 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

s'étaient moqués de moi ; ça fera plaisir aux pays.

Alain s'éloignait à grands pas, quand un bourgeois courant après lui, l'arrêta par la manche de sa veste.

— Eli ! l'ami, lui dit-il, deux mots, s'il vous plaît. Si vous voulez m'apprendre le tour que vous venez de jouer, je vous donnerai un écu. Je ferai peur à ma femme en faisant semblant de bétonner mes deux apprenlis et de tout casser dans la boutique... Ça sera joliment drôle.

— Je ne vous comprends pas , dit Alain, se tenant sur ses gardes, car il se figurait avoir affaire à un nouveau mystificateur.

— Je vous demande, reprit le bourgeois, que vous m'expliquiez la malice de vos coups de bâton, qui ont l'air d'assommer le monde et de mettre tout en poussière.

— La malice n'est pas grande. Ayez un bâton dur et solide et tapez fort...

— Quoi ! s'écria le bourgeois, c'est donc pour tout de bon que vous avez frappé ?

— Vous en doutez? En ce cas allez voir de près l'enibellisseur.

— Je ne reviens pas de mon étonnement. Et puis-je vous demander, mon ami , le motif qui

vous a fait si rudement malmener le charlatan et ses aides?

— Ne m'avez-vous donc pas vu embellir? répondit Alain qui , au souvenir de son affront si public, sentit la colère lui revenir au cœur.

— Oui, j'ai assisté à votre métamorphose, dit le bourgeois : je trouve même que vous y avez beaucoup gagné! Vous êtes bien mieux maintenant...

— Monsieur, s'écria Alain, comme je n'ai pas, moi, autant d'esprit que les Français , je réponds à leurs plaisanteries avec mon penbas 1 Je vous conseille donc , car au fond je ne suis pas méchant et je ne désire pas la mort du prochain, de cesser de vous moquer de moi et de me laisser tranquille.

— Je vous assure, mon ami, que vous vous méprenez grossièrement sur mes intentions, s'écria le bourgeois, que l'étrangelé d'Alain , chose tout à fait nouvelle pour lui, divertissait beaucoup-, et la preuve, c'est que, si vous voulez dîner avec moi aujourd'hui, vous me

ferez plaisir !

Cette proposition,— l'homme n'est pas parfait

eta toujours son côté faible et vulnérablc,-cctte

proposition, dis-je , résonna agréablement aux

oreilles du bas Breton.

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