‹ Les boucaniers (volume 2)Chapitre 13 sur 240 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

dément à intervalles inégaux , annonçaient . qu'elle ne devait pas tarder.

En effet, à peine le chevalier de Morvan et son domestique eurent-ils franchi le seuil de la porte de leur demeure, que l'orage éclata avec une violence inouïe : il était alors six heures. Louis de Morvan, placé debout derrière les vitres de la fenêtre de son salon qui donnait sur la mer, contemplait d'un œil triste et mélancolique le spectacle, sublime et horrible à la fois, de l'Océan en fureur : les pensées du jeune homme étaient tristes.

— Celtemer, disait-il à voix basse et se parlant à lui-même, est limage de mon cœur; elle est soulevée par le vent de Forage comme mou cœur par le souffle des passions ! Rêves insensés, projets audacieux, désirs de mon âge, ambitions sans limites, qui m'avez tour à tour enivré et brisé, n'avez-vous pas aussi abouti pour mon âme à un naufrage? Combien n'ai-je pas déjà espéré et souffert! Mais l'Océan, lui, quand il est déchaîné, laisse au moins des marques de sa colère; tandis que moi, écrasé par l'humilité de ma position, par mon isolement, je n'ai pas même le pouvoir de peser sur la destinée du dernier des hommes : je suis à la société ce qu'est le grain de sable à la création, un atome sans

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consistance! Quel être humain s'occupe tic ma vie? Qui pleurerait ma mort? Personne! Pourtant, je mus capable d'aimer et de haïr avec passion! Je sens en moi cette force opiniâtre et indomptable qui fait sortir les inconnus de la foule et les (-(induit au pouvoir! Oui, mais il me faudrait un point d'appui, un encouragement, un conseil!... Et qui s'intéresse à moi? Je ic répète : Personnel...

Le chevalier de Morvan murmurait ces dernières paroles, quand un coup violent frappé à la porte de la maison le fit tressaillir. Superstitieux comme la plupart des lîrctons, il crut que la Providence répondait à son désir, en lui envoyant cet ami après lequel il soupirait.

(le ne fut donc pas sans un certain battement de cœur qu'il vit apparaître Alain.

— Notre maître, dit le domestique, c'est un étranger qui demande que vous lui accordiez l'hospitalité a lui et à son cheval.

— Place le t heval à l'écurie et dis à cet étranger que je suis tOUt à ses ordres... Mais, noni arrête. .. il est plus convenable que j'aille le recevoir eu personne...

— Il est inutile que \ous vous dérangiez, le roici <pii monte de lui-même.

In effet, le domestique n'avait pas achevé de

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