MELINE, CANS ET COMP., LIBRAIRES-ÉDITEURS
LIVOCRJVE. I IKIPïie.
MÊME MAISON. j j. p. MELIHE.
Tandis que de Morvan, ivre d'amour et de joie, court à son rendez-vous, nous demanderons la permission au lecteur de faire rétrograder notre récit de vingt-quatre heures. La veille, c'est-à-dire le jour même où Alain éprouvait sur le Pont-Neuf de si étranges aventures, un carrosse fort bien tenu, quoiqu'il ne portât aucune armoirie et fût conduit par un cocher sans livrée, s'arrêtait à la tombée de la nuit devant une petite maison de la rue Bélhisy, située non loin de l'ancien hôtel de l'amiral de Coligny.
Un homme petit et trapu descendit, ou. plutôt, sautadc l'intérieur du carrosse, et s'en fut frapper à la porte de la maison golhique.
Cet homme, qui paraissait âgé d'environ cinquante ans, était habillé à la dernière mode : il portait un chapeau orné d'un plumet avec des audaces, un justaucorps galonné, les manches larges et sur le poignet, la veste courte, le nœud d'épée et la dragonne, la cravate à la Steinkerque, les bas roulés et la culotte à l'espagnole.
Le chevalier de Morvan aurait certes passé cent fois à côté de l'inconnu sans songer à Mathurin, et pourtant cet homme n'était autre que notre ancien ami le maquignon en personne.
A peine Mathurin venait-il de laisser retomber le marteau, qu'un laquais, revêtu d'une livrée magnifique, se présenta.
— Annonce à M. le comte le baron Legoff, lui dit Mathurin.
— M. le baron devrait d'abord me demander si M. le comte est visible? répondit le valet avec un politesse affectée, qui frisait l'impertinence.
Mathurin fronça imperceptiblement les sourcils, prit, sans mot dire, le valet par sa cravate, et l'envoya rouler à trois pas plus loin.