‹ Les boucaniers (volume 2)Chapitre 123 sur 240 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Le domestique ne s'attendait certes pas à un tel acte de vigueur : aussi s'empressa-t-i!, dès qu'il se fût relevé, de se sauver au plus vile.

Une minute ne s'était pas écoulée qu'il était, de retour.

— M. le baron veut-il bien prendre la peine de me suivre? dit-il à Malhurin en s'inclinant profondément devant lui; M. le comte l'attend.

Le maquignon, qui tout en bousculant si énergiqucment le valet n'avait rien perdu de l'air bonhomme et tranquille que nous lui connaissons déjà, fit un signe de tête affîrmalif et se mit à marcher derrière son guide.

Le valet monta un premier étage, et ouvrant à deux battants une grande porte tapissée de velours :

— M. le baron Legoff! s'écria-t-il.

Puis il s'éloigna.

La pièce dans laquelle Mathurin — ou le baron Legoff — entra était meublée avec une somptuosité sans pareille; toutefois, grâce au désordre qui y régnait, son luxe manquait de dignité.

D.ms cette pièce, et assis devant une grande table couverte de papiers jetés pèle-mcle, se tenait un homme à la toilette luxueuse mais débraillée : la physionomie de cet homme, qui

pouvait avoir une soixantaine d'années, présentait un mélange de finesse, d'insouciance, de bonhomie, de hauteur et d'impudence aussi frappant que remarquable.

En voyant entrer le baron Legoff, il se souleva de son grand fauteuil, salua légèrement noire ancienne connaissance et commença aussitôt la conversation,

— Mon domestique m'a raconté, M. le baron, dit-il, la façon un peu brusque avec laquelle vous avez opéré votre entrée. Aurais-je l'honneur d'être devant un de mes créanciers?

— Nullement, M. le comte, répondit Mathurin; à moins toutefois que mes hommes d'affaires, ce qui après tout pourrait bien être, n'aient acheté quelques-unes de vos créances. J'étais pressé; votre domestique a paru désirer me faire jouir du charme de sa conversation, et je suis passé outre : voilà tout.

— Je suis ravi que vous soyez pressé, monsieur, car moi-même l'on m'attend.

— Mille pardons de vous interrompre, mais j'ai à causer assez longuement avec vous, et je doute que vous puissiez sortir ce soir. Vous feriez bien de faire dételer.

— Ah! parbleu, s'écria l'interlocuteur de Malhurin en éclatant de rire, voilà qui me sem-

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