‹ Les boucaniers (volume 2)Chapitre 126 sur 240 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

— Soit ! accepté à vingt-cinq ans, c'est tout ce que je puis faire pour vous.

Un moment de silence suivit la réponse de d'Aubigné; ce fut le frère de madame de Maintenon qui le premier reprit la conversation.

— Et quand me remettrez-vous ces cinq mille louis, cher baron Legoff? dit-il en regardant avec une fixité pleine d'inquiétude son interlocuteur.

— De suite, si vous voulez bien le permettre, répondit Legoff qui, retirant un portefeuille de son pourpoint, l'ouvrit et présenta au comte un papier plié en quatre.

— Ah ! du papier, s'écria d'Aubigné avec un désespoir comique; et que diable voulez-vous que je fasse de cela ! Depuis que le trésor est épuisé, les fermiers généraux ont inondé la France d'une telle quantité de promesses et d'hypothèques sur les branches de leurs revenus, que leur papier noirci ne vaut plus même aujourd'hui autant que le papier blanc.

— Un mandat tiré à vue sur le banquier Bernard et accepté par lui, est-il donc aussi sans valeur?

— Ah ! il s'agit de cela ! s'écria d'Aubigné, qui déplia vivement le papier que Legoff venait de lui remettre, y jeta les yeux, sourit d'un air

joyeux et s'inclina devant Mathurin en lui disant : Cher baron, je ne connais personne au monde qui ait en affaires autant de tact que vous. Réellement, vous me voyez enchanté d'avoir fait votre connaissance. Veuillez, je vous en conjure, disposer de ma personne et de mon crédit. Si vous aviez même encore besoin de moi pour de nouveaux placements... je n'aurais pas la force de vous refuser...

— Je prends note de cet aveu, cher comte, car ce premier placement n'est pour ainsi dire qu'un essai... Il me reste encore tant de fonds disponibles...

D'Aubigné regarda Mathurin avec une admiration profonde.

— Vous êtes donc bien riche? lui dit-il.

— Hélas! je suis criblé de millions. Mais puisque vous avez été assez bon pour me proposer vosservices, veuillez, je vous prie, me donner quelques renseignements dontj'ai besoin.

— Ne vous gênez pas, cher baron ! Vous savez que j'ai fait dételer.

— Ce que je désire savoir maintenant n'est pas chose de grande importance. Quels sont les jours et les heures auxquels le roi travaille avec ses ministres?

— Des renseignements sur l'intérieur de mon

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