‹ Les boucaniers (volume 2)Chapitre 134 sur 240 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

— Je vous répète, monseigneur, que Durasse a servi sous mes ordres. Notre intimité remonte à quinze ans !

— Et depuis que Ducasse est entré dans la marine royale, vos relations avec lui ont toujours continué?

— Nos rapports sont restés ce qu'ils étaient, monseigneur, intimes. II m'est même permis d'ajouter que depuis cette époque mes conseils ont été en différentes circonstances d'une extrême utilité à Ducasse.

— Vos conseils! répéta Pontchartrain avec étonnement. Ducasse est cependant un homme très-au-dessus de l'ordinaire.

— Je partage votre opinion , monseigneur ! Je reconnais à mon ami une bravoure à toute épreuve, un sang-froid et un coup d'œil remarquables, une expérience et une persévérance rares; toutes les qualités, en un mot , qui font un homme capable d'accomplir de grandes choses!...

— Et pourtant, tout en proclamant ces éminentes qualités, vous persistez à prétendre que Ducasse ne se conduit que d'après vos conseils? C'est avouer clairement que vous vous reconnaissez de beaucoup supérieur encore à lui par l'intelligence.

— Certes ! répondit tranquillement le boucanier.

Pontchartrain fut frappé de l'assurance ou plutôt de la conviction parfaite et, cela se sentait, complètement dénuée d'orgueil avec laquelle Legoff prononça cette simple parole ; il ne put s'empêcher de regarder de nouveau , avec une curiosité presque craintive , son étrange solliciteur.

Le secrétaire d'État au département de la marine , ceci soit dit en passant et pour bien faire comprendre au lecteur de quel poids devait peser dans son esprit la lettre que Legoff lui avait remise, le secrétaire d'État s'occupait alors du mariage d'un de ses beaux-frères, capitaine de vaisseau, avec la fille unique de l'ancien boucanier Ducasse, millionnaire et officier extrêmement distingué dans la marine royale ; mariage qui en effet eut lieu.

La lettre d'introduction donnée à Legoff par son ancien lieutenant constituait donc en ce moment, auprès de Pontchartrain, je le répète, la meilleure de toutes les recommandations.

Bientôt, le ministre, comme s'il eût été honteux de l'espèce d'ascendant que Legoff prenait sur lui, lui dit brusquement :

— Voici déjà beaucoup trop de temps de

Page 1