‹ Les boucaniers (volume 2)Chapitre 135 sur 240 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

perdu en vains propos! Que désirez-vous, M. le boucanier? Soyez . je vous prie, bref et clair dans vos explications. Des affaires bien autrement importantes que celles dont vous avez à m'entretenir me réclament.

— J'en doute, monseigneur! Mon projet est aussi vaste que simple : peu de mots me suffiront pour vous l'exposer ! La France, c'est là un fait que vous ne pourriez nier, est réduite aux abois. Épuisée d'hommes et d'argent, elle s'impose inutilement de cruels sacrifices pour soutenir la lutte gigantesque dans laquelle elle se trouve engagée. Ce qu'il lui faut, c'est de l'or, beaucoup d'or... et il ne lui est plus possible d'en demander à l'impôt, car l'impôt a déjà dépassé les limites extrêmes de la justice et de la raison pour tomber dans la spoliation et dans le vol...

— M. le boucanier, vous oubliez en présence de qui vous avez l'honneur d'être.

— En présence d'un ministre à qui j'ai promis de dire la vérité entière, monseigneur, et à qui, par conséquent, je la dirai. Vous n'avez pas le droit, vous, chargé des intérêts de la France , de repousser sans l'entendre l'homme qui vous offre, pour réparer nos désastres, un revenu annuel, et pris sur l'ennemi, de deuxcents millions!...

— Ah ! il s'agit de deux cents millions ! s'écria Pontchartrain en haussant les épaules d'un air de pitié ! Il est en ce cas inutile que vous entriez dans aucun développement! Je ne conteste pas, monsieur, votre habileté à dépouiller les navires espagnols ; mais vous me paraissez , au point de vue du bon sens des affaires, appartenir à cette catégorie malheureusement trop nombreuse de ces rêveurs éveillés qui me proposent, chaque matin, dix moyens nouveaux qu'ils ont imaginés depuis la veille pour changer la ville de Paris en un port de mer! Si vous écrivez à Ducasse, dites -lui que par amitié pour lui j'ai consenti à vous sacrifier une heure de mon temps !... Adieu, M. le boucanier !

— Monseigneur, dit gravement LegofF qui, malgré ce congé si formellement et si ironiquement exprimé , resta impassible dans son fauteuil , monseigneur, ce qui a rendu M. Colbert si grand et laissera à son nom une si glorieuse page dans l'histoire, c'est qu'il savait écouter les plus humbles , et qu'il ne repoussait jamais le génie, lorsque le génie avait besoin pour se manifester de l'appui de sa puissance.

— Misérable!... cette insolence!... s'écria Ponlcharfrain blême de fureur.

— Est tout simplement la hardiesse d'un

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