‹ Les boucaniers (volume 2)Chapitre 137 sur 240 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

esprit comme un vague effroi ; et puis hâtonsnous d'ajouter que jamais ce ministre, si despote, si dur, si impitoyable, n'avait rencontré, même de la part des plus grands, une résistance pareille à celle que lui opposait le boucanier.

— L'amitié toute particulière que je porte à Ducasse vous a déjà, M. Legoff, je ne saurais trop vous le répéter, reprit le secrétaire d'État, sauvé d'une mauvaise affaire ; je veux bien encore, au nom de cette même amitié, vous accorder un moment d'attention. J'espère , j'exige même qu'avant de reprendre notre entretien , vous vous excusiez des inqualifiables paroles que vous avez prononcées, paroles, je ne vous le cacherai pas, que votre manque d'éducation et le milieu dans lequel vous vivez depuis si longtemps rendent moins coupables à mes yeux, mais qui cependant ne peuvent rester sans réparation.

— A quelles paroles faites-vous, je vous prie, allusion, monseigneur?

— A l'abominable propos que vous avez osé tenir dans un moment de folie, sans doute : Que j'étais traître au roi !

— J'ai acquis, monseigneur, par l'habitude du commandement , la faculté d'exprimer promptement mes pensées ; mais soyez assuré qu'aussi

vif que je sois à la riposte, je ne dis jamais que ce que je veux, et ne parle qu'après avoir réfléchi. Je maintiens mon propos.

Pontcliarlraiu , soit que l'étrange audace du flibustier lui imposât, soit tout autre motif, recula devant l'éclat que devait amener cette réponse; toutefois, ne pouvant laisser compromettre sa dignité et son pouvoir, il tourna la difficulté, et se prit, chose inouïe pour lui, à rire bruyamment.

— Vraiment! s'écria-t-il d'un ton de bonne humeur aussi en dehors de ses habitudes que l'était la gaieté qu'il venait de montrer, je vois qu'il n'est pas possible de vous prendre au sérieux ou de se fâcher de vos manières. Il y a au reste longtemps que je désirais voir en personne un de ces fameux flibustiers dont on parle tant; je dois remercier le hasard qui m'envoie en vous un des échantillons les plus curieux et les plus complets de la flibusterie ! Vous êtes pour moi un sujet d'étude et de curiosité.

— C'est beaucoup d'honneur pour moi, monseigneur !

— Et , reprit Pontchartrain après avoir hésité , en quoi suis-je, d'après vous, traître à Sa Majesté?

— Vous êtes traître au roi , monseigneur,

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