CHAPITRE PREMIER
culcrez-vous pas devant un fait isolé! Veuillez, je vous prie , monseigneur , ne pas oublier qu'en ce moment c'est Ducasse qui vous parle par ma bouche.
Pontchartrain fit signe à Legoff de continuer, et le boucanier reprit :
— J'ai eu l'honneur de vous rappeler tout à l'heure, monseigneur, que les principaux ports que possède l'Espagne dans les deux Océans sont au nombre de dix; j'ajouterai à présent que le plus riche, le plus important et le mieux situé de tous est celui de Carthagène.
— Vous me croyez, à ce que je vois, tout à fait étranger aux affaires de mon département, dit Pontchartrain en riant; vous vous trompez du tout au tout, M. Legoff. Je n'ignore aucune des particularités que vous pourrez me présenter ; je connais parfaitement Carthagène. Il est donc inutile que vous vous appesantissiez sur les détails. Au fait, je vous prie.
— Puisque vous connaissez Carthagène, monseigneur, continua Legoff, vous savez de quelle importance énorme est ce fort, comme point stratégique et commercial, et quelles richesses inouïes possèdent ses habitants?
— Oui, M. Legoff. Après?
— Eh bien, monseigneur, je viens vous pro-
poser, toujours avec l'assentiment de Ducasse, de vous emparer de Carthagène.
Pontcharlrain réfléchit assez longuement avant de répondre.
— M. Legoff, dit-il enfin d'un air sérieux, je ne me dissimule pas déprime abord que cette prise de Carthagène, que vous me présentez avec un laisser-aller si plein de mépris pour la valeur espagnole et comme la chose la plus simple du monde, est une grosse affaire ! Toutefois je me hâte d'ajouter que votre proposition et celle de Ducasse méritent d'être discutées...
— Eh bien ! monseigneur, discutons.
— La première difficulté grave que présente l'exécution de ce projet, M. Legoff, difficulté à laquelle vous n'avez sans doute pas songé, est la dépense considérable qu'occasionneraient les frais d'armements nécessaires à cette entreprise. Or, comme vous le disiez tout à l'heure vousmême, les finances de France sont obérées en ce moment : j'ajouterai, moi, que notre état d'hostilité avec l'Europe exige de notre part assez de sacrifices impérieux et urgents, pour que nous ne puissions songer à rien entreprendre d'inutile et de coûteux en dehors de la défense du territoire.
— Je vous remercie sincèrement, monsei-