‹ Les boucaniers (volume 2)Chapitre 146 sur 240 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

l'indépendance momentanée de ma position pour prendre ma revanche des humiliations sans nombre dont elle m'a abreuvé tous ces derniers temps ! Tudieu ! je consens à reconnaître mon beau-frère pour le fils de Sa Majesté Louis XIII, si je ne lui fais pas verser des larmes de repentir, à cette bonne petite sœur!... Vous ne pouvez vous imaginer, cher baron, combien, de me savoir de l'or dans ma caisse, me donne de gaieté et d'esprit. Je me sens rajeunir, depuis hier, de dix ans.

— Voici mon adresse, cher comte, dit Legoff en remettant à d'Aubigné un papier plié ; aussitôt que vous aurez obtenu une audience, veuillez me le faire savoir.

— Quoi ! vous vous en allez ainsi !

— J'aurais peur de vous déranger en restant, Votre antichambre est pleine de gens qui attendent...

— Ah ! l'excellente plaisanterie ! s'écria d'Aubigné qui se mit à rire aux éclats ; je parie cent louis, M. le baron, que vous ne devinez pas en dix quelles sont les personnes que vous avez vues dans mon antichambre.

— Des solliciteurs, sans doute, dit Legoff.

— Des solliciteurs? allons donc! On sait trop bien que j'emploie tout mon temps à combattre

la cuistrerie de mon beau-frère, pour que l'on songe à me prendre comme intermédiaire auprès de ]uj. Pariez-vous les cent louis? Mais non, ce serait vous voler. J'aime mieux vous dire tout simplement la chose.

D'A ubigné se renversa alors dans son fauteuil, donna de nouveau un libre cours à sa bruyante gaieté, et se retournant enfin vers Legoff :

— Cette foule, cher baron, lui dit-il, qui meuble mon antichambre, est composée seulement de mes créanciers, que j'ai fait venir...

— Pour les payer? Je ne vois rien de bien plaisant à cela.

— Pour les payer! s'écria d'Aubigné avec une indignation réelle; vraiment, cher baron, pour qui donc me prenez-vous? Mon beaufrère et ma sœur m'auraient-ils calomnié de telle sorte que l'on me croie tombé à ce degré d'abaissement et de faiblesse, de solder des créanciers qui menacent et qui crient!

— Alors pourquoi avez-vous donc mandé ces braves gens? dit Legoff avec un sourire.

— Ces braves gens ! vous appelez ça des braves gens?

— Dame, cher comte, je ne connais pas vos créanciers, moi.

— Vous n'êtes donc plus sorcier ! Quoi ! vous

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