CHAPITRE II
vouement ! Ah ! c'est affreux ! Je ne crois plus à rien!...
— Chevalier de Morvan, lui dit alors Nativa avec une singulière douceur, le dépit vous rend injuste. Veuillez, je vous prie, m'écouler, car je ne voudrais pas que vous emportassiez de moi une opinion que je ne mérite pas.
— Il est inutile, mademoiselle, que vous reveniez sur votre aveu ! répondit de Morvan. Ne gâtez pas par un généreux mensonge la précieuse franchise que vous m'avez montrée!... Que puis-je savoir de plus que vous ne m'ayez déjà dit! Rien ! à moins toutefois que vous ne teniez à m'assurer de votre haine!... Croyezmoi!... brisons là-dessus!...
De Morvan s'arrêta un moment, puis s'adressant de nouveau à la charmante Espagnole :
— Eh bien, expliquez-vous donc, mademoiselle, reprit-il avec une impatience pleine d'anxiété. Ne m'avez-vous pas dit que vous aviez à me parler ! je vous écoute !
— Chevalier, dit Nativa d'un air grave et recueilli, veuillez, je vous prie, écouler sans m'interrompre l'explication que je vais vous donner ; cette explication, pénible pour moi, vous prouvera au moins l'estime singulière que j'éprouve pour la noblesse de votre caractère et la recon-
naissance réelle que je ressens pour le service que vous avez rendu au comte de Monterey, mon père. Si mon langage vous étonne, sachez que nous autres femmes espagnoles, nous ne sommes point, ainsi que les Françaises, élevées dans l'obligation du mensonge, et que nous considérons comme un devoir, lorsque nous nous trouvons dans une circonstance solennelle de notre vie et en présence d'un galant homme, d'exprimer franchement et loyalement toute notre pensée.
Nativa, après cette espèce de préambule qui excita au plus haut degré l'intérêt de de Morvan, fit une légère pause, et reprit bientôt d'une voix presque émue :
— Si je vous ai dit, chevalier, que je n'avais pour vous aucun amour, que votre cœur ou votre fierté ne soit pas blessé. Je n'ai plus le droit je ne puis plus, faites bien attention, je vous conjure, à la portée de mes paroles, je n'ai plus le droit, je ne puis plus reconnaître aujourd'hui et accepter l'amour d'un homme de cœur ; j'en suis indigne!...
— Mademoiselle, que dites-vous là? s'écria de Morvan en sentant son cœur bondir à se briser dans sa poitrine!
— Je vous ai prié de ne pas m'interrompre,