‹ Les boucaniers (volume 2)Chapitre 154 sur 240 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

De Morvan fit une légère pause, puis d'une voix sourde et qui tremblait :

— Quel est le nom de votre amant, mademoiselle? reprit-il.

A cette question, Nativa, qui jusqu'alors avait opposé aux emportements du jeune homme une contenance froide et impassible, tressaillit, son regard brilla d'indignation, et un vif incarnat couvrit ses joues.

— Chevalier de Morvan, répondit-elle en accompagnant ces paroles d'un regard rempli à la fois de mépris et de fierté, les gentilshommes de votre nation ont-ils donc, ainsi que le prétend mon père, si peu de délicatesse dans leurs sentiments, qu'ils ne comprennent le déshonneur qu'autant qu'il atteigne aux dernières limites de la dégradation et de la honte?... Vous me demandez quel est le nom de mon amant ; supposez-vous donc que j'oserais vivre sous le même toit que le comte de Monterey et supporter le regard de mon père, si, miséble fille, j'avais terni, par une faute irréparable, la gloire de notre maison?...

Ces paroles prononcées avec une indignation réelle et saisissante, avec un ton de sincérité qu'il était impossible de méconnaître, produisirent sur de Morvan une impression inouïe, et

changèrent du tout au tout, grâce à cette mobilité d'impression que donne toujours une passion violente, la nature de ses sentiments.

— Mais alors, mademoiselle, s'écria-t-il avec une joie folle , vous êtes toujours digne de l'amour d'un galant homme?

— Je vous avais prié, en commençant cet entretien, de ne pas m'intcrrompre, chevalier de Morvan , répondit la jeune fdle. Je vous renouvelle cette prière! Vous désirez connaître mon passé : écoutez-moi !

La charmante Espagnole resta un instant silencieuse et recueillie, puis, reprenant bientôt la parole avec une certaine solennité dans la voix :

— Il y a un an, chevalier, dit-elle, je me rendais avec mon père de Carthagène à Saint- Domingue, lorsque nous lûmes attaqués par les boucaniers de l'île de la Tortue. La Conception, ainsi se nommait notre navire, portait vingthuit canons, avait soixante hommes d'équipage, et était commandé par un des plus braves et des plus expérimentés capitaines de la marine royale d'Espagne! Quant aux flibustiers, ils étaient au nombre de dix-huit et montaient une pirogue qui faisait eau de toutes parts.

«< L'issue de ce combat paraissait chose si peu

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