‹ Les boucaniers (volume 2)Chapitre 155 sur 240 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

douteuse que notre capitaine, en voyant la témérité de nos adversaires, se mit tout d'abord à remercier la Sainte-Vierge. Il ne voyait dans cette folle attaque qu'une occasion de détruire sans danger pour nous quelques-uns des bandits si redoutables à notre nation.

« La pirogue des flibustiers se trouvait à peine séparée de la Conception par une distance de quelques pas, lorsque notre capitaine fit ouvrir le feu sur eux. Notre première bordée coula leur embarcation.

— Et ils périrent tous ! s'écria de Morvan.

— Et une demi-heure plus tard, continua Nativa en pâlissant, les boucaniers, après avoir abordé notre navire à la nage et massacré les deux tiers de notre équipage, nous tenaient en leur pouvoir...

— Mais ce que vous me racontez là est une chose merveilleuse, impossible...

— Sachez, chevalier, qu'excepté accomplir le bien, rien n'est impossible aux boucaniers. Chaque jour, ils renouvellent des faits semblables à celui que je viens de vous raconter et que vous traitez de merveilleux. Je continue. Mon père, qui. pendant le combat, s'était vaillamment comporté, reçut, vers la fin de l'action, une grave blessure et tomba au milieu

d'un monceau de cadavres. Pauvre père! Que n'est-il plutôt resté près de moi!... En voyant les boucaniers victorieux, il m'aurait certainement poignardée sans hésiter, et je n'aurais pas aujourd'hui à me débattre contre les tortures d'un honteux et inexorable souvenir !

Nativa ne put, en prononçant ces derniers mots, retenir un soupir; mais surmontant bientôt, grâce à sa force de caractère l'émotion qui l'agitait, elle reprit d'une voix calme la suite de son récit.

— Le chef des boucaniers qui nous avaient vaincus était certes, chevalier de Morvan, l'homme le plus extraordinaire qu'il soit possible d'imaginer. D'une politesse exquise et d'un savoir-vivre parfait, il fut pour moi plein de ces attentions délicates que peut seul donner un long usage de la meilleure compagnie. Vaincue à la fois par ses respects, reconnaissante des soins qu'il prenait de mon père, je consentis à répondre h ses paroles. Et puis, ne vous ai-je pas promis une confession entière?... et pourquoi ne l'avouerai-je pas? mon imagination était vivement frappée de l'existence extraordinaire de cet homme : je pressentais un mystère dans son passé, qui excitait au dernier point ma curiosité ; ma pensée s'occupait de lui.

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