CHAPITRE II
capable de compromettre votre secret ne sortira de ma bouche.
— Merci, M. de Morvan; à présent je puis parler sans crainte.
Nativa fit une légère pause, puis bientôt elle reprit :
— Je ne sais, chevalier, si vous avez gardé souvenir de certaines paroles assez ambiguës et mystérieuses que je vous ai dites au château de Léguilloux de Pennenrose au sujet de votre avenir.
— Parfaitement, mademoiselle. Que vous connaissiez une entreprise dont le succès pourrait me rendre l'égal, par la richesse et par la puissance, des plus riches et des plus puissants.
— C'est cela même! Eh bien , c'est justement de cette entreprise que j'ai à vous entretenir. Veuillez , chevalier, me prêter la plus extrême attention.
Cette recommandation était inutile; de Morvan, fit signe qu'il écoutait, et Nativa continua :
— Chevalier, dit-elle, il vous serait difficile, impossible même de vous figurer le tort considérable que les boucaniers des mers des Antilles causent au commerce et à la prospérité de ma
nation ! Le voisinage de, ces hôtes entreprenants et terribles, qui nuit d'une façon si fatale au développement de notre grandeur, constitue, de plus, une honte insoutenable pour l'honneur castillan.
Non-seulement ces hardis bandits ne craignent pas d'insulter les couleurs de l'Espagne, mais, hélas ! la plupart du temps un succès inexplicable couronne leur audace; chaque jour voit l'accroissement de leur puissance , l'humiliation de notre pavillon. Les efforts et les sacrifices tentés par notre gouvernement pour arriver à la destruction des boucaniers ont été immenses. Ces efforts nous ont coûté le plus pur de notre or et de notre sang.
— Je ne conçois cependant pas, mademoiselle, interrompit de Morvan, qu'une nation aussi puissante que l'Espagne ne puisse venir à bout d'une poignée de bandits dénués de ressources et manquant de discipline! Souvent, j'ai réfléchi à ce fait bizarre, et jamais je n'ai pu me l'expliquer.
— Vous êtes dans une grave erreur, chevalier, interrompit Nativa; les boucaniers , ainsi qu'on le pense généralement et que vous vous l'imaginez faussement , ne sont pas des bandits indisciplinés et opérant au hasard. Ce qui fait