‹ Les boucaniers (volume 2)Chapitre 161 sur 240 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

lisation de sa pensée. Voilà pourquoi nous nous trouvons aujourd'hui à la cour de France.

— Pensez-vous donc , mademoiselle , que Louis XIV s'associera aux vues de Sa Majesté très-chrétienne? Les boucaniers, je le sais, sont d'abominables bandits; mais enfin leurs excès, en suscitant sans cesse des embarras à l'Espagne, profilent à notre sécurité et aident à notre puissance. 11 m'est donc permis de douter que le comte de Monterey obtienne du roi de France l'appui et le secours qu'il en attend.

— Oh ! quant à la bonne volonté de Louis XIV, répondit Nativa en souriant, mon père en est assuré. Le comte de Monterey possède en ses mains un moyen certain, je ne dirai pas d'éveiller sa sympathie, mais bien de peser sur sa volonté. Non, ce qui nous manque, ce n'est pas l'argent, ni le courage, ni des alliés; c'est de connaître, je vous le répète, le lien mystérieux qui unit entre eux les boucaniers et leur donne cette force invincible, notre ruine et notre honte!

— Mais, mademoiselle, dit de Morvan qui, tout intéressante que fût pour lui cette conversation, eût certes préféré mille fois entretenir la ravissante Espagnole de son amour que de parler politique; mais, mademoiselle, je ne comprends pas trop en quoi toutes ces choses

que vous voulez bien me confier me regardent...

— J'arrive à ce qui vous concerne, chevalier de Morvan, s'écria Nativa en l'interrompant; je vous ai dit que mon père est investi par Charles II de pouvoirs illimités; veuillez prendre ces mots dans leur complète acception. Le comte de Montcrey a le droit de conférer tel grade et telle dignité qu'il jugera convenable. Un brevet signé de lui, portant le grade de général et de grand d'Espagne avec une pension annuelle de cent mille piastres, soit un demi-million de votre monnaie de France , serait reconnu par le roi! Comprenez-vous?

— Parfaitement, mademoiselle; seulement, je ne vois pas encore en quoi cela se rapporte...

— Quoi ! vous ne comprenez pas que grâce à votre qualité de Français, à votre position de noble ruiné , que grâce surtout à voire brillant courage, il vous serait facile de captiver la confiance des boucaniers et de vous rendre maître de leurs secrets! Pour mieux les tromper, et jusqu'à ce que vous les teniez complètement en votre puissance, vous prendriez part à leurs expéditions!... Vous seriez des leurs!... Votre délicatesse aurait à souffrir, je le sais, de celte

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