‹ Les boucaniers (volume 2)Chapitre 162 sur 240 · CHAPITRE 11. 8Î · texte numérisé non relu

CHAPITRE 11. 8Î

complicité! Mais la pensée que vous servez l'Espagne , qu'un grade éminent et une fortune digne d'envie, récompenses méritées de votre noble dévouement , vous attendent : cette pensée, dis-je, vous soutiendrait à travers vos épreuves.

Nativa s'était animée en prononçant ces dernières paroles ; mais à mesure que l'enthousiasme de la jeune fille s'était accru, de Morvan avait pâli.

— Mademoiselle , lui répondit-il après un moment de silence sans paraître remarquer le regard réellement enchanteur qu'elle lui adressa en terminant sa phrase, je m'aperçois avec un découragement que je ne chercherai pas à vous cacher, que jusqu'à présent vous avez eu de mon caractère une opinion détestable!...

— Moi, chevalier de Morvan! s'écria Nativa avec une extrême surprise. Que dites- vous?

— Je dis , mademoiselle , que les boucaniers fussent-ils les plus cruels assassins, les plus abominables bandits que la terre ait jamais portés , celui qui leur donnera la main, s'assoira à leur table et partagera leurs dangers , afin de pouvoir les vendre plus tard tout à son aise et avec impunité, passera avec raison aux yeux de tous les gens de bien pour un espion et un traître !

Je dis que son infamie lui valût-elle de l'or et des dignités sans nombre , cet homme n'en restera pas moins déshonoré!... J'ajoute à présent que moi, pauvre noble ruiné, pour me servir de vos expressions , je refuserais de croiser mon cpée avec un tel homme, fût-il grand d'Espagne et riche à millions. Je répondrais à ses insultes par le mépris, à ses violences par le bâton !...

Un assez long silence suivit la réponse de de Morvan. Nativa, malgré son assurance ordinaire, semblait atterrée. Ce fut le jeune homme qui le premier reprit la parole.

— Je vous ai offensée, sans doute, mademoiselle, lui dit-il d'une voix douce et émue, pardonnez-moi , je vous en conjure ! Pourquoi aussi m'avez-vous demandé le sacrifice de mon amour?

— Je vous ai demandé le sacrifice de votre amour, dites-vous? répéta Nativa avec élonnement. Mais, au contraire, n'ai-je pas, en ouvrant une perspective à votre ambition, permis à votre pensée de franchir des distances et des obstacles qui devaient vous paraître infranchissables?

— Mademoiselle, dit de Morvan en secouant lentement la tête d'un air de doute et de chagrin, n'est-ce donc pas me demander le sacri-

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