‹ Les boucaniers (volume 2)Chapitre 163 sur 240 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Cce de mon amour que de me conseiller de devenir infâme? Non! je le vois, vous n'éprouvez pour moi ni sympathie , ni tendresse. Une femme comme vous doit être, avant tout, soigneuse de l'honneur de celui qu'elle aime.

— Je vous assure, chevalier, répondit Nativa avec une certaine émotion, que je n'attache pas la même pensée que vous au rôle que vous refusez. Je crois qu'employer la ruse est chose permise, lorsqu'il s'agit de rendre un immense service à l'humanité , de faire cesser d'affreux brigandages et de punir des monstres de férocité. Toutefois, je comprends vos scrupules; j'ajouterai même qu'ils augmentent encore mon estime pour vous.

Nativa garda le silence pendant quelques secondes, puis souriant au chevalier avec cette grâce naïve et enfantine que les femmes espagnoles poussent, toujours avec un succès assuré, jusqu'au sublime de la coquetterie:

— Vous voilà chevalier, lui dit-elle, revenu sans grandes fatigues d'un long voyage!

— Nullement, mademoiselle, répondit gravement le jeune homme ; il ne s'ensuit pas de ce que je refuse de m'associer aux projets du comte de Monterey, que je reprenne la parole que je vous ai donnée : loin de là ; je me suis

engagé à vous délivrer d'un misérable dont la mort importe à votre bonheur; j'espère, Dieu et la justice de ma cause aidant, que je viendrai à bout de mon entreprise. Permettez-moi donc de vous supplier de nouveau de m'apprendre le nom de l'homme que vous avez condamné.

— Je ne le puis encore, répondit Nativa après avoir réfléchi ; je désire que vous entendiez auparavant parler de cet homme, célèbre parmi les plus célèbres boucaniers, sur le théâtre même de ses exploits. Ce sera seulement alors, c'est-à-dire quand vous connaîtrez combien il est redoutable, que je vous dirai son nom ; seulement alors aussi , si vous persistez toujours dans votre généreuse résolution, que j'accepterai votre parole. D'ici là, ne l'oubliez pas, je vous considère comme n'étant engagé vis-à-vis de moi par aucune promesse. Mais il se fait tard, ajouta Nativa , et je dois vous quitter. Chevalier, votre bras.

Lorsque la jeune fille parla de se retirer , de Morvan s'aperçut, mais trop tard, que de toutes les choses dont il comptait l'entretenir, il ne lui en avait pas dit une seule: cette pensée, loin de lui donner de la présence d'esprit, ne lit que troubler ses idées: il avisa donc au plus pressé;

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