CHAPITRE III
fait votre connaissance. Vous êtes un homme à conserver! Foi de gentilhomme, à moins d'un coup de maladresse, je ne vous tuerai pas !
— Et moi, monsieur, par reconnaissance du divertissement que vous me procurez, je m'engage à vous blesser seulement!... Cela vous déplairait-il beaucoup d'avoir l'épaule percée de part en part ?
— Va pour l'épaule de part en part! répéta Châtillon en riant.
— Allons, Châtillon, voilà qui est assez plaisanté ! dit alors le marquis de la Fare en se mêlant à la conversation. Tu n'as pas trop mal attaqué, et, monsieur, pour un homme qui arrive de province, s'est assez bravement défendu... Que tout soit fini!...
Jusqu'alors de Morvan, à peu près assuré, s'il avait le désavantage dans le dialogue, de reprendre sa revanche sur le terrain, avait supporté d'assez bonne grâce les mauvaises plaisanteries de son adversaire. En voyant la Fare intervenir dans ce débat et essayer de lui donner une issue pacifique, l'insulte qu'il avait reçue se représenta à de Morvan dans toute son étendue, et, cessant de se contraindre, il se laissa aller à toute sa colère.
— Comment vous nommez- vous, monsieur?
demanda-t-il brusquement à son adversaire.
— Le vicomte de Châtillon, pour vous servir!
— Eh bien, jour de Dieu ! si vous tardez encore cinq minutes à mettre l'épée à la main, je proclamerai partout que le vicomte de Châtillon est un manant et un lâche ! s'écria de Morvan d'une voix vibrante.
A cette injure sanglante, le vicomte de Châtillon pâlit affreusement, et porta aussitôt la main à son épée ; la Fare lui arrêta le bras :
— Cher ami, lui dit-il gravement, tu oublies deux choses fort importantes : la première, qu'un esclandre dans le jardin des Tuileries pourrait nuire à rétablissement de Renard qui nous est parfois si utile; la seconde, de demander le nom de monsieur !...
— Cet homme serait-il un croquant, un bateleur ou un courtaud de boutique, répondit le vicomte en désignant de Morvan par un geste de tête plein de hauteur et de mépris, que je n'en tirerai pas moins l'épée avec lui!...
— Libre à toi, reprit froidement le marquis de la Fare ; seulement dans ce cas il me serait impossible de te servir de témoin. Tout ce que je pourrais faire pour toi, ce serait d'assister à ce duel en qualité de curieux.