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CHAPITRE III

Quand je vous ai rencontré avec la dame aux falbalas, vous m'avez paru être une chose qui n'existait pas. Plus tard, lorsque vous avez mis flamberge au vent, vous m'avez fait l'effet d'un lancier à pied, et je vous ai trouvé d'un grotesque divertissant au possible... A présent...

— Eh bien ! à présent? répéta de Morvan en voyant de Châtillon s'arrêter au beau milieu de sa phrase.

— A présent, dit le vicomte, je me sens parfaitement reposé. Remettons-nous en garde, je vous prie.

Cette reprise différa de la première passe en ce que de Morvan commença, sans se livrer encore cependant à une attaque franche, à presser son adversaire. Ce dernier, exaspéré par la résistance inouïe qu'il rencontrait et désireux d'en finir, se livra plusieurs fois en risquant des coups d'une grande témérité et dont plusieurs faillirent réussir.

Les témoins commençaient à ne plus rien comprendre à la conduite de de Morvan.

— Mille tonnerres, s'écria enfin le vicomte avec une véritable fureur, il me semble, chevalier, que vous affectez de me ménager.

— Nullement, vicomte, je vous jure! J'attends le bon moment.

— Et il ne vient pas, à ce qu'il paraît, ce bon moment ?

— Je vous demande pardon ! le voici !

De Morvan, trompant alors avec une rare habileté le 1er de son adversaire, se fendit sur lui avec une prodigieuse vivacité en tirant dans sa feinte.

De Châtillon laissa tomber son épée ; puis essayant de sourire :

— Je ne comprends pas trop cette botte, ditil, mais je ne puis me dissimuler qu'elle est réussie ; il faudra, chevalier, que vous me l'expliquiez un de ces jours à l'académie. Votre jeu est un peu sauvage, mais au total il ne manque pas de mérite. Je vous reconnais non -seulement pour un lancier remarquable, mais encore pour un tireur de première force ! Excellente idée quej'ai eue de vous faire quitter votre Durandal; vous m'eussiez pourfendu en deux!

Le jeune homme pâlit : la tache de sang, qui trahissait sur sa chemise l'endroit touché par l'épée de de Morvan, s'agrandissait à vue d'œil. MM. de la Fare et de Broglie, craignant que le vicomte ne tombât , se précipitèrent vers lui pour le recevoir dans leurs bras. De Châtillon les repoussa doucement.

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