CHAPITRE III
et peut me donner des renseignements sur sa fille, la délicieuse Nativa?
A cette question, à laquelle il s'attendait si peu,deMorvan sentit un frisson glacial passer le long de son corps.
L'homme qui venait de parler était l'ancien précepteur du duc de Chartres, fils de Monsieur frère du roi, l'abbé Dubois.
Tout le monde sait le rôle plutôt encore ignoble qu'odieux que joua Dubois vers la fin du dix-septième et au commencement du dixhuitième siècle : les événements considérables auxquels ce misérable personnage se trouva mêlé ont donné une place à son nom dans l'histoire.
Entré à douze ans au collège de Saint-Michel, où il remplit auprès du principal les fonctions de domestique, Guillaume Dubois, ses études terminées, obtint d'abord la position de précepteur chez un nommé Maroy, marchand du Petit- Pont; puis de là il passa, avec la même qualité, chez le président de Gourgues, et enfin, chez le marquis de Ruvant, maître de la garde-robe de Monsieur.
Ce fut à cette époque que Dubois fit la connaissance de M. de Saint-Laurent, sous-gouverneur du duc de Chartres.
LES ROIXANIERS. 2. 11
M. de Saint-Laurent, alors incommodé par de graves indispositions et devenu à peu près infirme, chargea Dubois de préparer les devoirs du jeune prince. Dubois, doué d'un esprit vif, pénétrant et astucieux, comprit de suite les grands profits qu'il y avait à retirer de cet emploi momentané : il se mit à étudier les penchants secrets de son élève, le flatta, l'amusa, lui inspira une extrême confiance, et finit bientôt par se rendre indispensable.
A la mort de son protecteur de Saint-Laurent, Dubois, qui avait su se ménager la faveur du chevalier de Lorraine et du marquis d'Effiat, qui tous deux disposaient à leur gré de Monsieur et de sa maison, osa demander et obtint d'être nommé précepteur du duc de Chartres.
Une fois ce premier et plus difficile échelon de sa puissance future franchi, Dubois continua, avec un succès complet et une persévérance digne de son immonde caractère, son travail souterrain.
Tout à la fois instituteur zélé et complaisant iiilàme, il fil marcher de front les études et les plaisirs de monseigneur de Chartres.
Le jour, il faisait subir devant la cour un brillant examen à son élève; la nuit venue, il introduisait secrètement ;iu Palais-Royal de