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CHAPITRE IV

prierai, comte, de vouloir bien vous retirer!

— Impossible de me rendre à votre désir, Françoise ! Il faut que vous m'écoutiez, et vous m'écouterez.

— Mais, comte, dit la marquise avec hauteur, quand je prie ..

— Il n'y a pas de comte , ici , interrompit d'Aubigné. Il y a un frère et une sœur, Françoise et Agrippa!... Tudieu! faut-il donc que j'aborde le haut langage!... que je sacre et que je jure?

Madame de Maintenon avait appris par une triste expérience qu'une l'ois son frère en colère, le plus prudent était de l'écouter.

— Parlez, lui dit-elle avec une résignation pleine de larmes.

— Françoise , poursuivit d'Aubigné . il ne s'agit pas seulement en ce moment de moi. mais bien aussi de vous. Votre pouvoir est mis en question !... Ma chute entraînerait la vôtre... Ah! vous pâlissez, Françoise! Très-bien ! Alors je puis compter sur votre attention. Je commence. Vous n'ignorez pas, excellente sueur, l'avarice sordide que mon beau-frère a toujours montrée à mon égard, les passe-droits sans nombre qu'il m'a fait subir... Je ne récrimine pas, je raconte. Cette avarice et ces passe-droits

ont eu pour résultat, ainsi que cela devait être, de m'aigrir le cœur et de me réduire à la plus affreuse pauvreté. Or, savez-vous ce que c'est qu'un homme tombé dans la misère et rêvant la vengeance? Une chose qui appartient au premier venu qui lui dit : « Voici de l'or, aidemoi à attaquer ton ennemi et ton persécuteur... »

— Vous m'effrayez. d'Aubigné; auriez-vous...

— Conspiré, oui ! et, qui plus est, je conspire encore... Bon, voilà que vous pleurez à présent, vous la femme forte par excellence ! Je sais bien que ce sont des larmes de rage que vous versez! n'importe, c'est une faiblesse indigne de vous... Je continue. Les meneurs couronnés de la ligue d'Augsbourg ont cru que je pourrais leur être utile, et ils ont fait pour moi, dans leur intérêt, ce que mon beau-frère eût dû faire, lui, par devoir et par dignité : ils m'ont aidé à payer mes dettes. Vous voyez donc, chère sœur, en ma personne, un des partisans, sinon des plus déclarés , au moins des plus ardents de la m;iison d'Autriche. Or, pour ne pas m'éloigner de mon sujet, ce baron Legoff, mon ami intime, que j'ai déjà vu deux fois, connaît parfaitement celte circonstance. Il possède en ses mains la preuve de ce que vous appelleriez ma trahison,

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