CHAPITRE VU
plexe et la contenance embarrassée, devant la boutique du drapier Ruhol.
— Qu'est-ce que je vas lui dire? se demandait le bas Breton en se dissimulant de son mieux derrière un pilier, car au fond, c'est drôle; mais je comprends à présent que j'ai fait une véritable volerie. Cependant je ne pouvais pas laisser non plus mon maître damner son âme! S'il allait se fâcher, ce Bulot, et me faire arrêter ! Bah ! j'ai mon penbas, je me défendrais!... Oui, mais, me défendre contre cent personnes , c'est pas possible. Le mieux, c'est de causer gentiment avec lui et de lui expliquer la chose. Oui, c'est cela !
Alain , prenant bravement son parti , abandonna son pilier, et, se dirigeant d'un pas rapide vers la boutique du drapier, il franchit hardiment le seuil de la porte.
Malheureusement pour le bas Breton, une fois qu'il fut en présence de sa victime , son sang-froid l'abandonna et il perdit la tête. Quant à Buhot,la stupéfaction mêlée de terreur que lui causa l'apparition si inattendue de son voleur fut telle qu'il resta la bouche béante, les yeux démesurément ouverts, le cou tendu et sans pouvoir prononcer une parole. Alain comprit que la première action du marchand, en revenant à lui, serait d'appeler au secours.
— Voici les vingt écus que je vous dois , lui dit-il.
Puis, jetant l'argent sur le comptoir, il se sauva à toutes jambes et se mit à courir à perdre haleine tout droit devant lui.
— Ouf! dit-il en s'arrêtant enfin , le front ruisselant de sueur et la respiration oppressée, on croirait qu'on m'a jeté un sort! Toutes les fois que je mets les pieds dans la rue, j'ai l'air d'un cerf chassé par une meute; je cours, je cours, je cours... Ça ne fait rien, je suis tout de même joliment content ! Cette histoire des vingt écus me tracassait trop, j'en perdais le sommeil et l'appétit. Mon explication au drapier Buhot aurait pu être mieux dite peut-être; bah ! après tout, qu'est-ce que ça signifie, un peu plus ou un peu moins de paroles? L'essentiel, c'est qu'il ait son argent.
Alain, après s'être informé de nouveau de la direction qu'il devait suivre , reprit le chemin de son hôtel. Selon son habitude, il marchait la tète baissée et tout pensif.
— C'est tout de même vrai, se disait-il à luimême, que j'ai commis une volerie... Je sais bien que ça n'a fait de mal à personne, mais ça n'empêche pas qu'une volerie est toujours une volerie. Oui , mais si j'avais péché, est-ce que