‹ Les boucaniers (volume 2)Chapitre 214 sur 240 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

ma brave Notre-Dame d'Àuray ne m'aurait pas foudroyé? Eh bien! non, ajouta Alain après avoir refléchi, elle ne m'aurait pas foudroyé... Elle se sera dit : « Alain a failli, mais, ma foi, au fond c'est pas un méchant gars, et puis il me pratique avec beaucoup de dévotion , et me donne pas mal de cierges... Ne le tuons pas... Il se repentira plus tard... » Voilà , poursuivit Alain , ce que bonne sainte Anne d'Auray se sera dit... Il me semble que je l'entends se tenir ce raisonnement... Décidément, je dois payer mon péché., cherchons une église...

Le hasard se chargea de répondre au désir du bas Breton, car, levant alors les yeux, Alain s'aperçut qu'il était devant Saint - Roch : il entra.

Le serviteur de de Morvan possédait, pour toute fortune, le reste de l'écu dont il avait distrait trente-six sous pour payer les trois cierges brûlés en faveur de son maître, c'est-à-dire quatre livres quatre sous.

— Tenez, brave femme, dit-il à la préposée aux cierges, prenez tout cet argent, et illuminezmoi l'église comme s'il s'agissait du mariage d'un prince.

Bientôt après , les pointes du triangle de fer destiné à supporter les pieuses offrandes des 2. 19

fidèles disparaissaient sous de nombreux cierges qu'Alain, agenouillé, regardait brûler avec désespoir.

— C'est dur tout de même, se disait- il, de voir s'en aller en fumée quatre livres quatre sous ! Ah ! gredin ! ça t'apprendra une autre fois à ne plus pécher. Tu n'as que ce que tu mérites.

Une fois le sacrifice accompli, Alain se releva, poussa un profond soupir et sortit de l'église.

A ce même moment, le chevalier de Morvan arrivait à Versailles. Le premier carrosse qu'il rencontra renfermait le comte de Monterey, Nativa et l'abbé Dubois.

A cette vue , le jeune homme ne put retenir un cri d'étonnement et de rage.

Nativa et l'abbé Dubois! n'y avait-il pas, en effet, dans ce rapprochement si extraordinaire, de quoi bouleverser toutes les idées de de Morvan?

Le misérable complaisant du duc de Chartres poursuivait donc, et avec succès, puisqu'il avait trouvé le moyen de se glisser dans l'intimité du grand d'Espagne, son œuvre ténébreuse de corruption et d'infamie ! Grâce à son adresse et à son impudence, il occupait auprès de Nativa une place que lui, de Morvan, aurait payée au prix de tous les sacrifices et de tous les dangers.

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