‹ Les boucaniers (volume 2)Chapitre 22 sur 240 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Notre-Dame d'Auray. Cette médaille est plus puissante que le vendredi, on n'a jamais vu arriver rien de fâcheux à ceux qui la possèdent sur eux.

Alain, ranimé par cette pensée, et le chevalier de Morvan par la présence de Mathurin, devant qui il ne devait pas faiblir, reprirent l'un la barre, l'autre son aviron, et l'embarcation commença à danser sur la crête des vagues.

Guidés seulement par les coups de canon que tirait à intervalles inégaux le navire qu'ils voulaient sauver, les aventuriers se dirigeaient à peu près au hasard. La nuit était si sombre, la mer si agitée qu'il n'était guère possible de distinguer à plus d'une demi-encablure de dislance. Le chevalier de Morvan, assis à la barre, déployait une prodigieuse habileté unie à un extrême sang-froid ; son serviteur Alain et le maquignon Mathurin le secondaient dignement: ce dernier surtout, quoiqu'il eût déclaré ne pas connaître grand'chose à la marine, se servait de son aviron avec une précision et une adresse inconcevables.

Vingt fois, ils furent sur le point d'être submergés, et vingt fois leurs efforts réunis, énergiques et intelligents les sauvèrent d'une catastrophe qui semblait inévitable.

Le hasard parut enfin vouloir les récompenser de leur héroïque constance : vers les trois heures du malin, il y avait six heures qu'ils luttaient ainsi contre la violence de la tempête, lèvent lli'i liit et la mer se calma un peu; de Morvau profita de cette espèce de trêve pour consulter ses compagnons, car depuis la veille, il ne leur avait pas adressé une fois la parole.

— Je regrette, mes amis, leur dit-il (rien ne nivelle entre les hommes les distinctions et les distances, comme un danger imminent), je regrette mes chers amis que vous ne puissiez me remplacer à la harre, vous devez être exténués de fatigue!... Reposez vous un moment sur vos avirons, pendant que je vais essayer de m'orienter

— Je ne connais rien aux exercices maritimes et je fais probablement une détestable besogne, lui répondit Mathurin; mais quant à être fatigué, je ne le suis pas. Toutefois, je boirai volontiers une gorgée d'eau-de-vie.

Rien de plus facile, dit de M or va ri en dépliant son manteau dans lequel il avait misses pistolets pour les garantir de l'atteinte de la mer, j'en ai justement emporté une bouteille avec moi. Prenez.

— Votre cognac est un peu léger ; n'importe,

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