‹ Les boucaniers (volume 2)Chapitre 23 sur 240 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

il fait tout de même plaisir! s'écria le maquignon, qui passa bientôt après à Alain la bouteille à moitié vidée. Eh bien, M. le chevalier, vous êtes- vous orienté? Quant à moi, si j'osais émettre un avis, malgré mon ignorance, je dirais que nous n'avons guère avancé de plus d'une demi-lieue dans la direction ouestde Penmarck, et que nous nous trouvons tout au plus à cinq cents pas de la côte.

— Votre appréciation est parfaitement exacte!

— Ah bah! reprit le maquignon en riant d'un gros rire, il parait que je possède, sans m'en douter, des dispositions pour la navigation. Cette découverte me donne de l'amour-propre et m'enhardit à vous adresser une question, M. le chevalier. Quel a donc été, je vous prie, votre projet en vous embarquant?

— Mais d'aller au secours, vous le savez tout aussi bien que moi, des malheureux qui implorent notre pitié et comptent sur notre courage.

— Certes, je sais cela : aussi n'est-ce point ce que je vous demande. Je voudrais apprendre de quelle façon vous espérez vous rendre utile à ces pauvres diables?

— D'une façon bien simple : en leur servant de pilote et en les empêchant de tomber dans

les pièges, et par conséquent dans les mains des Penmarekais !

— Vous savez donc piloter les navires?

— J'ai déjà accompli deux voyages en Islande, et la côte de Penmarck m'est parfaitement connue. Je ne demande qu'une grâce à Dieu, celle de mettre les pieds sur le pont du navire en détresse, avant qu'il n'ait touché. S'il n'a pas subi d'avaries tout à fait majeures et qu'il soit sensible encore au gouvernail, je m'engage sur ma tèle à la conduire s;ms accident en lieu sûr.

Le chevalier de Morvan parlait encore quand une violente détonation fit frémir l'embarcation de l'avant ;i l'arrière. C'était le navire inconnu qui, à peine éloigné d'une encablure de ses sauveurs, lirait son dernier coup de canon.

Le gentilhomme donna une violente impulsion au gouvernail ; Mathurin et Alain se remirent à nager avec ardeur, et cinq minutes ne s'étaient pas écoulées, qu'ils se trouvaient en présence d'un gros trois-mâls.

— Malédiction ! s'écria de Morvan, ce navire est perdu sans ressource ! il est enclavé sur la roche de la Tcte-du-Diahlc 1

Le t rois-mâts naufragé présentait un bien terrible spectacle : incliné sur son côté de Irihord et menacé à chaque instant d'être englouti , il

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