‹ Les boucaniers (volume 2)Chapitre 222 sur 240 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

la personne du jeune seigneur que de Noce avait traité de monseigneur en le rencontrant quelques minutes auparavant.

— Il faut convenir, mon pauvre abbé, dit le nouveau venu, que tu ne joues pas de bonheur cette semaine. La dixième rebuffade depuis trois jours! On croirait que toutes les cannes de Paris se sont liguées et conspirent contre toi!... J'arrive à temps!...

— Je crois bien, monseigneur, répondit Dubois en s'inclinant profondément devant le jeune homme, j'allais être emporté par un ouragan de province.

Celui que Dubois venait de qualifier de monseigneur s'approcha alors deNativa et, la saluant avec une grâce toute charmante, quoique un peu familière :

— Si vous voulez bien daigner accepter mon bras, mademoiselle, lui dit-il en souriant, je vais vous emmener loin de cette scène de carnage.

Puis, se retournant vers de Morvan et le regardant par-dessus l'épaule, le nouveau venu reprit d'un ton sec et impérieux :

— Quant à vous, monsieur, éloignez-vous! Le gentilhomme breton s'attendait si peu à

se voir apostropher de la sorte, qu'il resta un instant immobile, comme s'il eût été louché par

la foudre. Cette stupéfaction ne dura, du reste, que quelques secondes.

— Monsieur! s'écria-t-il pâle de colère, votre costume annonce un gentilhomme ; votre liaison avec Dubois et vos façons d'agir, un manant! Auquel des deux dois-je m'adresser?

— Au neveu du roi, au duc de Chartres, monsieur! répondit le jeune homme avec dignité.

Ces paroles firent passer un éblouissement devant les yeux du Breton, car il sentit que dans cette lutte engagée en présence de Nativa, il ne céderait pas un pouce de terrain, et que si le duc de Chartres s'obstinait à lui tenir tête, il méconnaîtrait sa naissance et son rang.

— Monseigneur, lui dit-il d'un ton ferme et respectueux tout à la fois, je ne sache pas qu'en remettant à sa place un valet insolent, j'aie mérité d'être traité par Votre Altesse ainsi qu'elle vient de le faire! Je vous supplie donc humblement, monseigneur, d'adoucir par une parole de regret votre emportement à mon égard.

Le duc de Chartres haussa les épaules, et offrant de nouveau son bras à Nativa, qui se recula d'un pas :

— Venez-vous, mademoiselle ? lui dit-il sans répondre à de Morvan.

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