CHAPITRE VIII
— Ce n'est pas l'homme aux diamants, mais bien son compagnon que j'observe, avait répondu Dubois. Comment le trouvez-vous, ce gentilhomme?
— Dame, quelque bon physionomiste que l'on soit, la vue du dos d'une personne ne suffit pas pour qu'on puisse deviner son caractère !
— Au fait , c'est juste ! Eh bien , comte , ce jeune gentilhomme n'est ni plus ni moins qu'un tigre déchaîné! Il a failli me dévorer tout à l'heure.
— Il faut que ce tigre soit bien affamé, l'abbé, car, franchement, il aurait pu mieux choisir que de jeter son dévolu sur vous.
— Aussi n'étais-je pour lui qu'une bouchée, un hors-d'œuvre ! Oh ! les gros morceaux ne lui font pas peur, à ce monstre! Na-t-il pas voulu croquer monseigneur le duc de Chartres!
— Ah ! bah ! Quel conte à dormir debout me faites-vous là, l'abbé?
— Ce conte est de l'histoire ! Il n'y a pas une demi-heure que ce gentilhomme forçait monseigneur à mettre l'épée à la main pour défendre sa vie!...
— Et ce gentilhomme n'est pas arrêté?
— Que voulez-vous, monseigneur est si peu
rancunier! L'audace ou, pour parler plus exactement, la férocité de ce tigre l'a attendri, et pour un rien il l'eût complimenté ! Tout ce qui sort de l'ordinaire plaît à monseigneur...
— Mais vous, l'abbé, qui n'êtes pas monseigneur.
— Vous voyez bien que je suis cet homme, moi ! répondit Dubois en accompagnant cette réponse d'un méchant sourire.
— Pour savoir , d'abord , qui il est ; puis ensuite...
— Du tout, cher comte, d'abord pour le faire arrêter, et ensuite... Ma foi ! supposez tout ce que vous voudrez ! . . .
— Mais on ne fait pas arrêter comme cela un gentilhomme, l'abbé?
— Pourquoi donc, M. le comte, si l'on a une lettre de cachet pour ce gentilhomme!
— Et vous avez une lettre de cachet à son adresse ?
— Depuis hier, cher comte ! j'avais déjà eu à me plaindre du tigre!
— Ah ! voilà qui est, ma foi ! du dernier plaisant, s'écria d'Aubigné en éclatant de rire.
— Puis-je vous demander, comte, dit Dubois assez surpris, le motif de votre gaieté?
— C'est trop drôle , vraiment , c'est trop