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CHAPITRE VIII

Vous, trouvez-moi aujourd'hui même le capitaine en question, et veuillez me l'envoyer ce soir au Palais-Royal.

Dubois, saluant alors le comte d'Aubigné, prit congé de lui, et, se glissant à travers la foule ainsi qu'un serpent, fut avertir un espion qui attendait ses ordres.

L'abbé Dubois avait agi fort sagement en remettant au surlendemain l'arrestation de de Morvan et de Legoff, car les derniers mots que prononça le secrétaire d'État en s'éloignant du boucanier furent : u Ainsi, baron, voilà qui est chose convenue, vous passerez la nuit à Versailles, et vous viendrez me trouver demain à sept heures, sans faute. »

Quelque absorbé que fût de Morvan par son amour, il ne put s'empêcher de remarquer la vive sensation et l'extrême étonnement que l'entretien en public du secrétaire d'État et du bon-

canier produisit parmi les courtisans présents.

— Quel est donc cet homme si affreusement laid, que chacun salue si humblement et qui vient de causer avec vous, baron? demanda-t-il à Legoff.

— Monseigneur de Pontchartrain ! répondit le boucanier.

— Monseigneur de Pontchartrain, le puissant ministre?

— Lui-même, mon cher chevalier !

— Et pendant un quart d'heure, vous l'avez retenu debout, lui parlant avec un air de parfaite familiarité ou pour mieux dire d'égalité...

— Pourquoi pas? M. de Pontchartrain est tout bonnement un ancien premier président au parlement de Bretagne, et moi je suis gentilhomme. M. de Pontchartrain a besoin de moi ; je pourrais à la rigueur me passer de lui. L'avantage, vous le voyez, reste de mon côté, et en traitant le secrétaire dEtat sur le pied de légalité, j'ai fait un acte, non pas d'impudence, mais bien de condescendance

— Savez-vous, baron Legoff, que vous êtes l'énigme la plus extraordinaire qu'il soit possible d'imaginer? Quand je me rappelle l'arrivée du maquignon Mathurin dans ma masure de Pcnmarck et que je vois aujourd'hui à la cour le

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