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CHAPITRE IX

baron Legoff traiter d'égal à égal avec le ministre favori de Louis XIV, je suis tenté de croire que je rêve! N'avez-vous donc pas, vous l'ami de mon père, confiance en ma loyauté et en ma discrétion, que vous restez enveloppé, vis-à-vis de moi, de mystère.

— Cher enfant, j'ai confiance en vous comme en moi-même ; seulement, une indiscrétion est vite commise : or, un secret connu par trois personnes ne tarde pas à devenir public. Au reste, soyez persuadé qu'avant peu je n'aurai plus rien de caché pour vous...

— Vous dites, un secret connu par trois personnes : Vous avez donc déjà un confident?

— Oui, l'armateur Cointo de Brest; mais Cointo est un homme d'une probité à toute épreuve ; il me doit sa fortune, je puis compter sur lui.

Le reste de cette journée se passa d'une façon fort agréable pour les deux amis, non qu'ils prissent le moindre plaisir à la fête, mais tous les deux portaient en eux leur bonheur : de Morvan pensait au doux aveu de Nativa, et Legoff à sa victoire sur Pontchartrain, car le secrétaire d'État acceptait ses conditions et l'attendait le lendemain pour lui remettre la commission de Ducasse au commandement des

forces de la flibusterie. Louis XIV et madame de Maintenon , séduits par ces dix millions que Legoff s'offrait à payer à vue, et dont ils avaient un si urgent besoin pour ie moment, consentaient à l'expédition de Carthagène !

En effet, le lendemain matin le boucanier sortait du cabinet du secrétaire d'Etat, emportant avec lui le traité secret qu'il avait demandé, et qui contenait trois clauses : la première, que les officiers du boucanier marcheraient de pair avec ceux de la marine royale ; la seconde, que l'amiral nommé par le roi pour commander en chef l'expédition serait tenu, à un moment donné, dobéir implicitement aux ordres de Montbars; enfin que les flibustiers recevraient un tiers du butin que fournirait la prise de Carthagène.

A ces trois clauses, déjà connues du lecteur, la marquise de Maintenon en avait fait ajouter une quatrième : qu'un aumônier serait mis à bord de chaque navire.

A peine de Montbars eut-il son traité, qui lui fut remis en double, qu'il s'empressa de l'expédier par un courrier à l'armateur Conito.

— Eh bien ! baron , êtes-vous satisfait de votre entrevue avec monseigneur Pontchartrain? lui demanda de Morvan qui, ayant passé

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