CHAPITRE IX
la nuit entière à penser à Nativa, achevait de se lever lorsque Legoff revint de chez le ministre.
— J'ai obtenu tout ce que je voulais, répondit le boucanier, mais je ne suis pas satisfait.
— Et pourquoi donc cela, baron?
— Parce que j'ai réussi trop facilement. La victoire n'a pour moi de prix qu'autant que la lutte a été acharnée. Retournons-nous à Paris?
— Ma foi ! répondit de Morvan avec embarras, je vous avouerai franchement qu'en ma qualité de provincial, je ne serais pas fâché de rester encore un jour à Versailles. Tout ce que je vois ici me semble si magnifique, si merveilleux...
— Mon cher Louis, interrompit Legoff avec douceur, avez-vous donc si peu de confiance en moi que vous croyiez devoir, pour me tromper, descendre jusqu'au mensonge! De toutes les merveilles de Versailles, dont vous vous souciez fort peu, et en cela, je vous approuve fort, vous n'en avez vu qu'une seule, Nativa! L'Espagnole reste aujourd'hui à la cour, donc, vous ne voulez partir que demain ! Cela est clair, et ne demande pas, pour être deviné, une grande perspicacité! Soit, rien ne m'appelle à Paris; restons !
Pendant cette journée qu'ils passèrent ensemble, Legoff se montra à de Morvan sous un nouveau jour, c'est-à-dire comme un marin extrêmement distingué. Il interrogea le jeune homme sur ses deux voyages en Islande, et montra dans la conversation une connaissance approfondie de l'art nautique.
De son côté, le boucanier parut enchanté des dispositions naturelles, assez communes à tous les Bretons, que de Morvan paraissait avoir pour la marine.
— Mon cher Louis, lui dit-il, ce n'est que sur le pont d'un navire que vous trouverez la fortune et l'indépendance que vous rêvez ! Mettez donc tous vos soins à devenir au plus vite un homme de mer! Je ne crois pas me tromper en ajoutant que déjà, à en juger par vos réponses à mes questions, vous êtes en état de commander un bâtiment. Au reste, j'espère bientôt savoir à quoi m'en tenir à ce sujet.
En vain de Morvan interrogea à son tour son nouvel ami sur sa vie passée et sur sa position présente : Legoff le pria si sérieusement de ne pas insister sur ce sujet, qu'il dut renoncer à satisfaire sa curiosité.
Le surlendemain matin de leur arrivée à