CHAPITRE IX
importance à celte menace , présenta deux lettres de cachet ; Tune concernait Legoff, l'autre de Morvan.
— Vous êtes parfaitement en règle, monsieur, reprit le boucanier; tenez, voici mon épée, une épée de parade achetée avant-hier, et qui n'est jamais sortie du fourreau. Si c'était celle qui m'a si souvent aidé à soutenir l'honneur de la France, je ne vous l'aurais pas donnée... Je l'aurais brisée!... Voici encore une paire de pistolets doubles, continua le boucanier en retirant ces armes de sa poche; on ne saurait montrer trop de soumission aux ordres du roi, quand bien même ces ordres auraient été arrachés par la ruse. Me permettez-vous à présent, monsieur, de prendre quelques effets de toilette?
— Faites, monsieur, répondit l'officier, mes instructions ne s'opposent pas à cela.
Legoff passa avec de Morvan dans la chambre à coucher ; l'officier les suivit.
— Oh! ne craignez rien, monsieur, reprit le boucanier en souriant, notre soumission passée vous est garante de notre docilité à venir! Et puis, voyez ! cette pièce n'est guère favorable à une évasion : elle n'a pour toute issue qu'une fenêtre grillée , et cette fenêtre donne juste-
ment dans la cour qui, je le vois, est gardée par vos hommes !
Le boucanier se retourna alors vers de Morvan, et lui adressant la parole en dialecte bas breton :
— Chevalier, lui dit-il, n'ayez pas l'air étonné de m'entendre parler votre langue, et toi, Alain, écoute, et surtout retiens bien ce qui va se dire. De ta mémoire dépend notre salut!
LegofF fit alors semblant d'examiner quelques vêtements, puis tout à coup, et comme s'il eût été frappé par une idée subite, il s'avança vers l'officier.
— Monsieur, lui dit-il en lui souriant gracieusement, votre bonne mine m'apprend que vous êtes gentilhomme. Or, comme entre gens de qualité on se doit certains égards, pouvezvous m'apprendre quelles sont vos instructions concernant mon ami et moi?
— De ne vous laisser communiquer, ni de vive voix ni par écrit avec personne, répondit l'officier.
— Et de nous accompagner sans doute jusqu'à notre destination?
— Oui, baron, jusqu'à votre destination.
— Croyez, monsieur, que si une chose peut