CHAPITRE III
n'avait fait que se métamorphoser ; de triomphante, elle était devenue touchante.
La première pensée du gentilhomme breton fut d'abandonner la barre et de secourir la jeune fille ; peut-être , sans une vague furieuse qui vint , avertissement salutaire , le rappeler à la réalité, eût- il commis cette imprudence, qui, dans leur position critique, se serait fatalement changée en catastrophe.
— Mille tonnerres ! s'écria le maquignon Mathurin, à qui l'intention de Morvan n'avait sans doute pas échappé; mille tonnerres ! prenez donc garde, M. le chevalier, il est un temps pour tout !
A cette apostrophe, sinon grossière, au moins de mauvais goût, de Morvan rougit malgré lui et garda le silence.
Presque au même instant, Nativa reprit connaissance.
— Mon père, mon bon père, dit-elle en s'asseyant au fond de l'embarcation et en plaçant sur ses genoux la tête de l'homme à l'air fier et aux cheveux grisonnants, c'est moi, votre fille, Nativa, qui vous appelle... Pourquoi ne me répondez-vous pas?... Monsieur, continua la pauvre enfant en s'adressant en français à de Morvan, car elle s'était exprimée en espagnol en
parlant à son père ; monsieur , je vous en conjure, venez à mon secours ! Oh ! vos soins seront généreusement récompensés ; mon père est riche, très-riche, et il ne regarde pas à l'or!...
A ces paroles de Nativa, de Morvan se sentit rougir de nouveau et éprouva un mouvement de rage folle et sans objet.
— Faites-vous donc noyer pour vous entendre jeter de pareils compliments à la tête! dit tranquillement Mathurin. Ah! maudite race espagnole, conlinua-t-il en baissant la voix et comme se parlant à lui-même, race sans grandeur et sans entrailles, qui ne croit qu'à la puissance de l'or , et ne comprend ni l'abnégation , ni le dévouement, quand donedisparaitras-tu à jamais de la terre !
— Mademoiselle , répondit de Morvan en faisant un effort sur lui-même pour ne rien laisser paraître de son émotion , vous vous méprenez étrangement sur le caractère et sur la position de ceux qui ont en ce moment l'honneur de jouer leur vie pour essayer de sauver la vôtre. Je suis, moi, un gentilhomme, et les deux personnes qui m'accompagnent m'ont suivi par pur dévouement !...
Je vous demande pardon , monsieur , lui