CHAPITRE III
dit la jeune fille en rougissant à son tour , j'ai cru deviner à vos vêtements...
— Je conçois votre erreur, reprit de Morvan en l'interrompant; en effet, je ne diffère probablement en rien ni par le langage, ni par les manières, ni surtout, comme vous venez de le faire observer, par les vêtements du vagabond sans aveu qui traîne de ferme en ferme sa honteuse oisiveté!... Mon apparence est celle d'un homme qui doit accepter avidement, en remerciant le ciel de cette bonne aubaine, l'aumône que lui jette la pitié ou le caprice du riche!... Vous n:avez , vous le voyez , mademoiselle , aucune excuse à m'adresser !...
Naliva comprit au ton d'amertume avec lequel le jeune homme fit cette réponse, combien elle avait dû le blesser ; elle allait réitérer avec plus de force ces excuses, quand une vague énorme vint heurter l'embarcation , qu'elle manqua de renverser. Entraînée par ce choc de dessus les genoux de sa fille, où elle reposait, la tète du père de Naliva alla frapper avec violence contre la paroi de l'embarcation. Cette terrible secousse tira l'inconnu de son évanouissement.
Il balbutia d'abord quelques mots incohérents et sans suite; puis, bientôt il reconnut sa fille, lui sourit doucement, et se replaça de lui-
même dans la position première qu'il occupait, tout en murmurant :
— Je suis brisé, je n'en puis plus!
Une fois rassurée sur le sort de son père , la jeune Espagnole leva ses grands beaux yeux bleus sur de Morvan, et lui dit d'une voix caressante :
— Pensez-vous , monsieur , que le succès doive couronner votre dévoument? Avons-nous encore quelques ebances de salut?
— Nous sommes aidés par la marée, et si le vent continue toujours à souffler du large, avant une demi-beure, nous aurons atteint la plage.
— Que de reconnaissance ne vous dois-je pas, monsieur ! dit Nativa rêveuse.
— Aucune, mademoiselle, répondit froidement le jeune homme. Ce n'est pas parce que c'était vous qui étiez en danger que je suis venu à votre secours, car je ne vous connaissais pas ; j'ai tout bonnement obéi à la voix de l'humanité et de ma conscience. Ce que j'ai fait pour vous, je l'eusse fait pour tout le inonde.
— .Mais mon père, monsieur, mon pauvre père qui, sans votre héroïque courage, ne serait plus !
— Je me serais également jeté à la mer pour sauver un matelot, mademoiselle.