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CHAPITRE III

occupé du gouvernail et de la manœuvre de la barque, il détourna la tête et garda le silence.

Une heure plus tard, l'embarcation s'arrêtait, en touchant la plage , devant le château de Leguilloux de Pennenrose, et le débarquement des naufragés s'opérait sans accident.

— Je suis heureux , mademoiselle , dit de Morvan en s'adressant à Nativa , que le hasard ne m'ait pas permis de vous offrir l'hospitalité, sous mon misérable toit, où vous vous seriez heurtée aux privations et à la misère, tandis qu'au contraire au château de Leguilloux de Pennenrose , vous trouverez un abri somptueux pour vous recevoir, des domestiques bien dressés pour vous servir, et de jeunes seigneurs riches et galants, prêts à se sacrifier à vos moindres désirs et à exécuter aveuglément vos ordres.

— Monsieur, répondit Nativa, ce que je ne trouverai assurément nulle part , c'est une noblesse de sentiments et un courage comme le vôtre! Mais quoi, ajouta-t-elle avec précipitation et en voyant de Morvan se diriger, après l'avoir saluée humblement, vers l'embarcation, ne nous accompagnez-vous donc pas?

— Non, mademoiselle, répondit-il d'une voix sourde et en pâlissant, je n'ai pas l'honneur de

QO LES BOUCANIERS.

connaître personnellement les seigneurs de Pennenrose... je désire leur rester étranger..*

et...

— Jésus Maria! qu'avez vous? s'écria Nativa avec élan et en s'élançant par un mouvement irréfléchi au-devant du jeune homme , comme si elle eût voulu le soutenir.

— Rien... mademoiselle... Je vous remercie... C'est cette halle dans l'épaule... et puis la perte du sang... Ça ne sera rien...

— Vous êtes grièvement hlessé! interrompit Nativa. Et depuis plus de deux heures que ce coup de mousquet vous a atteint, vous avez eu le courage de rester impassible à votre poste, sans vous plaindre, sans laisser deviner une seule de vos souffrances. Ah ! monsieur, si les gentilshommes français vous ressemblent, la noblesse de votre pays est la première du

monde 1

De Morvan voulut répondre, mais la douleur et sa faiblesse remportèrent sur sa volonté, et si Alain ne se fut précipité vers lui et ne l'eût reçu dans ses bras, il lût tombé par terre. Le domestique le déposa doucement sur le sable de la plage.

— Aie soin de ton maître pendant que je vais aller chercher des secours au château, dit

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