CHAPITRE IV
laisse ainsi mon maître tout seul. Qu'est-ce qu'il penserait en revenant à lui, puisque le médecin prétend qu'il va revenir aujourd'hui à lui, s'il ne me trouvait pas à ses côtés !... Que je l'ai vilainement abandonné, et il serait capable de me retenir quinze jours sur mes gages !... Ah ! ma bonne Notre-Dame d'Auray, là, foi d'Alain, vous pouvez compter sur notre marché, comme si c'était chose faite. Guérissez donc de suite, M. le chevalier. Et puis, après tout, et en supposant que je sois capable de vous manquer de parole, à quoi ça vous exposerait-il d'avoir remis M. le chevalier sur ses jambes? A rien du tout ! Vous seriez quitte pour le faire retomber malade ! vous ne risquez rien !
Le bas Breton, persuadé que Notre-Dame d'Auray ne pouvait refuser le marché si raisonnable et si avantageux qu'il lui proposait, se retournait déjà du côté de Morvan, pour voir s'il ne se levait pas, quand la porte de la chambre à coucher s'ouvrit et que Nativa entra.
La jeune fille, habillée tout de noir, selon la mode espagnole, n'était plus telle que nous l'avons présentée la première fois au lecteur : elle avait repris sa souveraine et impérieuse beauté. Rien de grave et de gracieux en même temps comme sa démarche, de calme et de pro- 1. 9
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fond comme son regard, de doux et d'enchanteur comme le rare et fugitif sourire qui entr'ouvrait parfois ses lèvres roses.
Son teint pale, mais non de cette pâleur maladive que donne aux femmes du monde la vie sédentaire et dévorante tout à la fois des grandes villes, avait aussi recouvré tout son séduisant éclat. Un poëte de génie et de conscience eût certes, en contemplant celte jeune fille, compris l'insuffisance de l'art et brisé sa plume.
Alain n'était pas poëte, mais seulement bas Breton , aussi ne comprit-il qu'une chose en voyant apparaître Nativa ; qu'elle pouvait le remplacer pour veiller le chevalier et lui donner le moyen d'aller se mettre en règle vis-à-vis de Notre-Dame d'Auray.
Il s'avança donc vivement à sa rencontre, et se tirant une mèche de cheveux en guise de salut :
— Mademoiselle, lui dit-il sans préambule, soignez bien M. le chevalier pendant mon absence ; s'il désire se lever et qu'il vous demande son pourpoint, vous les trouverez là sur ce fauteuil ; la tisane est sur la table!.. N'oubliez point, si mon maître vous interroge sur mon absence, de lui répondre, ce qui est la vérité vraie, que je ne l'ai pas quitté d'une heure pen-