CHAPITRE IV
dant tout le temps de sa maladie, et que je suis en course pour lui.
Craignant un refus de Nativa, Je bas Breton, après avoir dit ces mots, prit son élan et se précipita en dehors de la chambre.
Le départ du domestique et ce tête-à-tête forcé et imprévu avec de Morvan ne parurent nullement contrarier Nativa : elle s'avança lentement vers le lit du malade, ets'asseyant'sur une chaise, elle se mit à considérer avec une rare attention le visage décoloré du blessé.
Chose étrange, pendant tout le temps que dura cet examen, la physionomie de Nativa n'exprima aucun des sentiments que l'on eût dû s'attendre à lui voir éprouver, c'est-à-dire celui de la pitié ou de la reconnaissance.
Au contraire, deux ou trois fois une contraction de sourcils assombrit, sans pouvoir parvenir à le rider, son front d'ivoire, et un éclair passa dans ses yeux.
^ Une demi-heure s'était écoulée depuis la fuite d'Alain, lorsque de Morvan, après avoir élire ses bras et balbutié quelques paroles à peu près inintelligibles, ouvrit les yeux : la prédiction du médecin se réalisait.
Le premier objet qui frappa la vue du malade fut Nativa.
— Toujours la même image ! toujours elle, murmura-t-il sans montrer aucun étonnement, et en révélant ainsi à la jeune fille combien son apparition avait été familière à son délire.
Cette fois, et ce fut la seule depuis qu'elle se trouvait avec lui, Nativa parut céder à un sentiment de compassion.
— Pauvre jeune homme, dit-elle.
Puis élevant la voix après un court silence :
— Eh bien! M. le chevalier, lui demandât-elle, ne vous sentez-vous pas tout à fait bien aujourd'hui?
A celte question, le sang afflua aux joues du blesse, qui tressaillit.
— Ne me reconnaissez-vous donc pas? poursuivit Nativa; faut-il vous rappeler que je dois la vie à votre dévouement et à votre courage?
De Morvan voulut répondre, mais l'émotion qu'il éprouvait était telle, qu'il dut recueillir un moment ses forces avant de pouvoir balbutier :
— Oh! mademoiselle! je vous en conjure... ne me quittez pas encore...
LEspagnole parut ne pas remarquer le trouble du pauvre blessé; elle se leva, prépara une potion calmante prescrite par le docteur, et, présentant le breuvage à de Morvan :