CHAPITRE PREMIER
vers les cinq heures de l'après-midi ; il avait fait toute la journée une chaleur extrême, et une atmosphère lourde et chargée d'électricité annonçait l'orage.
Bientôt un violent coup de tonnerre, répercuté par les échos de la plage, retentit semblable à une décharge d'artillerie, et rebondit de rochers en rochers.
Louis de Morvan, comme s'il eût voulu chasser une idée fixe qui l'importunait, passa à plusieurs reprises sa main sur son front, et se levant vivement de dessus son fauteuil , se dirigea vers une fenêtre qui donnait sur la mer.
A peine venait-il de s'accouder sur la grossière barre de bois qui servait d'appui ou de balustrade, qu'un bruit bizarre et étrange, dominant le murmure des vagues qui venaient mourir sur les galets de la grève, traversa les airs : on eût dit le rugissement étouffé et lointain d'un lion en fureur. Le jeune homme pâlit légèrement, et mordant jusqu'au sang sa lèvre supérieure, se mil à se promener de long en large et d'un pas saccade à travers son salon.
Chaque fois qu'il passait devant une paire de riches pistolets accrochés à hauteur d'homme à la muraille, il s'arrêtait et les contemplait un
instant avant de reprendre sa promenade ; il était facile de deviner à ses sourcils contractés que son esprit était tourné vers des pensées de \ iolence.
Paraissant enfin prendre un parti, il ouvrit la porte du salon qui donnait sur un escalier de bois étroit et vermoulu, et d'une voix dont les notes claires et sonores dénotaient de sa part une propension naturelle au commandement, il cria deux fois le nom d'Alain.
Presque aussitôt les marches disjointes de l'escalier tremblèrent sous la pression de deux lourds sabots, et Alain, le domestique de Louis de .Morvan, se présenta. Alain, à peu près du même âge que son maître, était dans toute l'acception du mot un véritable bas Breton. Petit, trapu, ramassé, nerveux et d'une déplorable négligence dans sa toilette, on eût dit de lui un Celte sortant de sa lanière après un sommeil de deux nulle ans. Toutefois en entrant dans le salon, il souleva légèrement son chapeau de dessus sa tète, et parut attendre, comme an domestique de bonne maison, que de Morvan lui adressât le premier la parole.
— La barque est-elle prête à prendre la mer? lui demanda enfin ce dernier.
— Si vous l'ordonnez, elle le sera avant une