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CHAPITRE IV

Morvan avec une explosion de joie qui fit craindre un instant à Alain que son maître ne fût retombé dans le délire, nous allons voyager, nous battre, devenir riches et puissants, riches à millions, entends-tu, puissants comme des maréchaux de France!

— Ah bah! vrai, dit Alain ; alors vous augmenterez mes gages. Mais comment feronsnous, M. le chevalier, pour devenir si riches et si puissants?

— Je l'ignore ; seulement je te jure, foi de Morvan , que si l'on ne me casse pas la tète , j'arriverai.

— Et moi je vous suivrai : ça me va toujours.

Le gentilhomme breton, accablé par l'effort qu'il venait de faire, laissa bientôt retomber sa tête sur son oreiller, et ne tarda pas à s'endormir d'un sommeil bienfaisant et réparateur. Les dernières paroles qu'il prononça furent :

— Mon Dieu ! combien je l'aime et que je suis heureux!

Une semaine s'était à peine écoulée depuis l'entrevue de Nativa et de Morvan, et ce court espace de temps avait suffi à ce dernier pour entrer en pleine convalescence. La charmante Espagnole, fidèle à sa promesse, était venue s'informer chaque jour de la santé de son sauveur. Après chacune de ces visites, une amélioration extraordinaire s'était manifestée, au grand étonnement du médecin, dans la position du malade : le frater, ainsi que l'appelait Alain, ignorait que le bonheur est le plus précieux et le plus puissant remède que possède la nature. Or, de

Morvan était si heureux, que son cœur fléchissait par moments sous le poids de la joie.

L'apparition de Nativa, nous le répétons, avait été pour le jeune homme la révélation d'un monde inconnu : on n'aura donc pas lieu de s'étonner qu'il eût passé, sans aucune espèce de transition, de l'admiration la plus profonde à l'amour le plus insensé.

D'une imagination ardente, rendue plus impressionnahle encore par l'austère solitude dans laquelle s'était passée la plus grande partie de sa jeunesse, le gentilhomme avait reporté sur Nativa ces rêves indécis et enivrants, ces aspirations passionnées, ces élans du cœur qui, jusqu'alors sans hut, avaient tour à tour exalté et hrisé sa sensibilité : sa vie, égarée dans le vide, venait enfin de trouver son point d'appui. De Morvan, et ceci est un trait distinctif et saillant du caractère breton, joignait à cette imagination ardente un rare positivisme d'esprit.

Nous demandons pardon de ce barbarisme indispensable pour bien faire comprendre au lecteur le caractère de notre héros.

Pourtant, depuis qu'il connaissait Nativa il n'avait pas songé une seule fois à se rendre compte du caractère bizarre de l'Espagnole : lui souriait-elle, il avait peur de son bonheur,

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