‹ Les boucaniers (volume 2)Chapitre 52 sur 240 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

— En effet, cela vaudrait encore mieux.

La jeune fille s'était levée de dessus son banc, et elle se disposait à s'éloigner ; de Morvan la retint par un regard suppliant.

— Vous aussi, vous partez demain, mademoiselle, lui dit-il d'une voix émue, et vous oubliez de m'apprendre quand j'aurai l'honneur de vous revoir !

— Je pourrais laisser ce soin au hasard , assurée comme je le suis qu'il se chargerait de nous réunir avant peu, lui répondit-elle ; je dois toutefois, afin de ne pas vous induire en erreur, consulter les intentions de mon père. En arrivant à Brest, vous trouverez une lettre de moi.

— Une dernière question, je vous prie, mademoiselle, poursuivit de Morvan afin de retarder le moment de la séparation. Apprenez-moi, je vous en conjure, car en vous tout est pour moi un sujet d'étonnement et de mystère, comment il peut se faire que vous parliez si admirablement la langue française?

— Je suis née, il est vrai, dans les Amériques, mais j'ai élé élevée jusqu'à l'âge de douze ans à la cour d'Espagne. C'est à mon excellente et auguste marraine la reine Marie-Louise, qui m'affectionnait particulièrement , me gardait toujours auprès d'elle et daignait, à ses heures

de loisir et de tristesse, s'occuper de mon éducation, que j'ai dû le français.

De Morvan s'inclina, et Nativa s'éloigna alors dans la direction du château.

La charmante Espagnole avait fait à peine une trentaine de pas, quand le gentilhomme breton vit tomber, enlevé sans doute par lèvent, un ruban rouge qui ornait sa noire chevelure; il courut aussitôt pour le ramasser.

Au moment même où il saisissait cette amoureuse relique, Nativa se retourna brusquement, lui sourit; puis, prenant son élan, elle disparut, ainsi qu'une biche effarée, derrière un massif de verdure.

Celte précieuse trouvaille du ruban, sanctionnée ainsi par ce sourire, parut à de Morvan un cadeau et un aveu; aussi une joie folle, immense, comme jamais encore il n'en avait ressenti une pareille de sa vie entière, comme il ne soupçonnait môme pas qu'il pût en exister, le saisit au cœur.

Combien le loyal et passionné jeune homme n'eût-il pas été déplacé et ridicule à la cour! Que de choses lui restaient à apprendre!

Une demi-heure plus tard, de Morvan, esclave de sa parole, donnait l'ordre de tout préparer pour son départ à son domestique Alain , qui

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