‹ Les boucaniers (volume 2)Chapitre 53 sur 240 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ouvrait de grands yeux étonnés, allongeait le cou, plissait son front, et paraissait fort embarrassé.

— Que signifient toutes ces contorsions et toutes ces grimaces? s'écria le gentilhomme, s'apercevant enfin de la pantomime désespérée du bas Breton.

— Ça signifie, mon maître, que je fais des efforts très-grands pour vous comprendre; mais, foi de Dieu ! c'est peine perdue , je n'y réussis pas. Bon! voilà que vous allez encore vous fâcher! C'est étonnant comme vous devenez d'un mauvais caractère ! Quoi ! que voulez-vous que je prépare? Vous n'avez plus rien du tout! Dame! c'est pas ma faute à moi si les gars de Penmarck ont brûlé votre maison. Si encore vous ne m'aviez pas tué Legallec , j'aurais pu vous venger dessus; mais à présent qu'il est trépassé, que voulez-vous que je fasse?

— Tu as raison, Alain, répondit de Morvan avec tristesse. J'ai voulu secourir mes semblables, et j'ai été puni de mes bonnes intentions par la perte du peu que je possédais. Je n'ai plus rien.

— Sauf le respect que je vous dois, mon maître, vous avez eu tout de même grandement tort de vouloir priver les gars du bien de Dieu,

et vous n'avez pas volé le malheur qui en est résulté pour vous. Enfin, ce qui est fait est fait. Il n'y a plus à revenir là-dessus. Seulement, vous possédez toujours votre cheval, Bijou, qui a été sauvé par Ledû.

— Mon cheval a été sauvé! s'écria de Morvan avec joie.

— Avec sa selle , sa bride et tout ce qui s'ensuit !

— Voilà une bonne nouvelle Alain ! Tu vas porter de suite ces deux écus à Ledû et me ramener mon cheval.

— Mais, mon maître, d'après ce que l'on m'a conté, c'est pas pour vous mais très bien pour lui que Ledû a sauvé Bijou ! Il ne voudra jamais mêle rendre.

— Écoute ; d'abord , tu offriras , je te le répète, ces deux écus à Ledû; ensuite, s'il fait mine de marchander, tu lui feras poliment observer que sa conduite n'est pas honnête, et tu ajouteras un écu de plus; enfin, s'il refuse tout à fait, tu l'assommeras à coups de penbas et tu ramèneras Bijou. As-tu bien compris ?

— Oui, maître; mais vous n'avez pas, je pense, fini.

— Qu'entends-tu par là : que je n'ai pas fini ?

— Eh bien, jentends qu'il vous reste encore

Page 1