‹ Les boucaniers (volume 2)Chapitre 54 sur 240 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

quelque chose à ajouter. Qu'est-ce que je ferai donc des deux écus si Ledû ne veut pas les prendre et que je sois obligé de l'éreinter?

— Tu les garderas pour ta peine !

— Eh bien, foi de Dieu, maître, s'écria Alain radieux, je connais Ledû, il est têtu comme un âne rouge, je puis vous assurer qu'il se fera cogner et que les écus ne sortiront pas de ma poche.

— Cela ne me regarde pas, c'est ton affaire ! Arrange-toi comme tu voudras.

— Dans deux heures ce cher Bijou sera ici ! s'écria Alain qui, retirant ses sabots, partit aussitôt en courant.

En effet, le temps demandé par le bas Breton pour accomplir son expédition n'était pas encore écoulé que déjà il était de retour; Bijou l'accompagnait.

— Eh bien? lui demanda de Morvan dès qu'il l'aperçut.

— Ledû a préféré les coups de penbas aux écus ! répondit Alain, dont le front était couvert de bosses et la figure de meurtrissures. Ça m'a causé un peu de dérangement, mais enfin c'est fait, n'en parlons plus !

De Morvan consacra le reste de sa journée à combiner une stratégie adroite qui lui permit d'apercevoir encore une fois Nativa ; mais le succès ne couronna pas ses efforts : la charmante Espagnole resta invisible.

Pressé par l'heure, car la nuit se faisait et il avait promis, le lecteur doit s'en souvenir, de partir le soir même, le gentilhomme alla prendre congé des seigneurs de Pennenrose et les remercier de l'hospitalité qu'ils lui avaient accordée ; puis il chercha Alain ; mais Alain était absent sans doute, car il fut impossible de le trouver.

De Morvan remonta alors dans sa chambre , chargea avec un soin extrême ses pistolets, s'enveloppa de son manteau et se glissant le long des murailles , ainsi qu'un séducteur en bonne fortune, il sortit silencieusement du

château.

Une fois dehors , le premier soin du jeune homme fut d'observer l'état du ciel : de gros nuages noirs, amoncelés en forme de dôme, couvraient la campagne d'une ombre épaisse : de Morvan sourit d'un air satisfait, et doublant la vitesse de son pas, il disparut bientôt dans la direction du village de Penmarck.

Une heure plus tard, car le chemin qui conduisait au château de Pennenrose à Penmarck était de moitié moindre par terre que par mer, de Morvan atteignait l'emplacement, alors marqué par une couche noire de débris charbonnés , où trois semaines auparavant s'élevait sa

maison.

Après s'être orienté pendant quelques secondes et avoir reconnu la position exacte des lieux, le jeune homme tourna vers sa droite et s'avança sans hésiter vers un groupe de rochers situé sur la plage aux dernières limites de la

mer. ,

Il s'arrêta alors, écouta un moment, et nen-

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