‹ Les boucaniers (volume 2)Chapitre 6 sur 240 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ça me va, s'écria le domestique en se frottant les mains ; il y a joliment longtemps, allez, que j'ai envie de vous dire votre fait ! D'abord, et avant tout, vous saurez qu'il n'y a pas un gars de Penmarck qui ne vous déteste de tout son cœur! on vous exècre...

— Moi? dit Morvan avec une certaine émotion, et qu'ai-je donc fait pour mériter cette haine ?

— Vous n'avez jamais su respecter les usages du pays... vous vous êtes toujours opposé au partage du bien de Dieu!

On appelle ainsi, tout le long de la côte de Saint-Pol-de-Léon, les épaves ou débris de navires naufragés.

— Mais cet usage est atroce, Alain !

— Pour ça, non, il ne l'est pas, reprit le bas Breton, puisque c'est Dieu qui le veut!... Ensuite les gars du village, pour en revenir à ce qui vous regarde, prétendent que vous avez pris à l'école des gentilshommes de Nantes, où vous avez été élevé, des façons françaises... Vous qui, à l'âge de quatorze ans, étiez le plus adroit joueur de bâton, à dix lieues à la ronde, de Penmarck, et qui abattiez à tout coup, en tirant avec le fusil, à balle rase, un canard à cent pas, vous ne vous amusez plus guère au-

jourd'hui qu'avec vos pistolets!... Or, les pistolets sont des joujoux en usage à la cour de Fiance, et dont un Breton qui se respecte ne doit pas se servir!... Et puis... Mais non, vous vous fâcherez...

— Je t'ai ordonné de ne rien me cacher... Va toujours.

— Et puis on prétend que vous ne craignez pas le jour de vendredi et que vous vous moquez des loups-garous et des âmes en peine qui errent la nuit dans les landes et dans les marais...

— Il est vrai que je ne crois pas aux loupsgarous, répondit fort sérieusement Morvan ; mais je suis trop bon chrétien pour penser de même des vendredis... Tu dois avoir remarqué, Alain, que jamais, quand le temps était à l'orage, je ne me suis embarqué un vendredi ou un 15...

— Ça, c'est vrai! c'est une justice à vous rendre ; mais pour les loups-garous...

— Que veux-tu, Alain, je te répète queje n'y crois pas, ce n'est pas ma faute.

— Je sais bien. Enfin, c'est tout de même un manquement de religion! Après tout, je suis tenté de croire que les gars de Penmarck vous pardonneraient encore de vous être francisé

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