‹ Les boucaniers (volume 2)Chapitre 60 sur 240 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

— Que le diable vous emporte, bavard et imbécile! s'écria ce dernier d'un ton qui était loin d'atténuer la gravité de celte insulte.

Cet outrage était pour de Morvan une chose si inattendue, si considérable, qu'un moment il fut atterré. Cependant il ne resta pas longtemps dans l'inaction.

Saisissant l'employé de son poignet de fer, il le souleva de dessus son fauteuil , et le jetant avec une grande violence contre la muraille :

— Jour de Dieu ! s'écria-t-il blême de colère, ce manant a péché, il va mourir !

Cette action s'était passée si rapidement que pas une des nombreuses personnes qui encombraient les bureaux n'avait songé à s'y opposer. Ce fut seulement lorsque de Morvan porta la main à la garde de son épée que l'on songea, en voyant que le jeune gentilhomme avait parlé sérieusement et qu'il était prêt à accomplir sa menace, à s'interposer entre lui et sa victime.

II est probable qu'en toute autre circonstance le Breton eût tenu peu compte de cette intervention, mais cette fois il se trouvait dans une position si fausse qu'il revint de suite de son emportement et qu'il repoussa de lui-même et sans y être sollicité son épée dans son fourreau.

— Que désire monsieur? lui demanda alors

un homme âgé qui semblait occuper d'assez importantes fonctions dans la maison de commerce de l'armateur.

— Parler à M. Cointo, répondit le gentilhomme; veuillez lui annoncer, s'il vous plaît, le chevalier Louis de Morvan.

— Ce serait avec plaisir, M. le chevalier, que je m'acquitterais de votre commission, répondit l'homme âgé; mais malheureusement notre patron est en voyage pour le moment.

— Quoi ! M. Cointo n'est pas à Brest?

— Non, M. le chevalier; il est parti depuis quinze jours pour Dunkerque et il ne sera guère de retour ici avant une semaine. Au reste, continua l'employé supérieur avec une exquise politesse, si M. le chevalier est venu pour une affaire, il lui sera facile de s'entendre avec la personne à qui notre patron a laissé ses pleins pouvoirs.

— Oui, en effet, j'étais venu pour une affaire, balbutia de Morvan tout décontenancé; et quelle est, je vous prie, cette personne qui représente M. Cointo et à laquelle je puis, dites-vous, m'adresser comme à lui-même?

— Sa femme, M. le chevalier.

Cette réponse atterra de Morvan. Il avait dû déjà, avant de se résoudre à s'adresser à l'arma-

Page 1