‹ Les boucaniers (volume 2)Chapitre 65 sur 240 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

disposition de son esprit était-elle loin de ressembler au sentiment de découragement profond qu'il avait ressenti en sortant de chez la femme de l'armateur.

La première personne qu'il aperçut en pénétrant dans l'auberge fut son domestique Alain occupé à étriller son cheval Bijou. La vue de son maître parut causer une véritable joie au bas Breton qui, effrayé par la multiplicité des rues de Brest et retenu par la crainte de se perdre, n'avait pas osé s'aventurer au dehors.

— Mon brave Alain, lui dit de Morvan avec nne extrême bonté, car il savait pouvoir compter aveuglément sur le dévouement de son domestique, et la pensée d'être aimé même par un pauvre et ignorant sauvage était en ce moment chose douce à son cœur; mon brave Alain, l'affaire qui m'avait appelé ici est terminée ; si tu n'es pas trop fatigué, nous nous remettrons en route demain matin au point du jour.

— Ma foi, je ne demande pas mieux, maître; j'aime mieux les grandes routes que les grandes villes.

— Que diras-tu donc quand nous serons à Paris ?

— Oh ! ça, c'est différent ; comme nous n'allons en France que pour gagner de l'argent, je

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préférerai alors les grandes villes aux grandes routes. L'argent passe avant tout.

Le jeune homme soupira en entendant son domestique avancer cette maxime, et convint en lui-même qu'Alain ne manquait pas de bon sens et parlait fort bien parfois.

De Morvan, après avoir ordonné au bas Breton de lui faire préparer un modeste dîner, venait de remonter chez lui, quand un coup frappé à la porte de sa chambre lui annonça une visite: le gentilhomme, n'attendant et ne connaissant personne, crut à une erreur ; il cria toutefois: Entrez !

Que l'on juge de son étonnement lorsqu'il v't apparaître le maquignon Malhurin !

— Vous ici ! s'écria-t-il stupéfait.

— Dame! pourquoi donc pas? Vous m'avez crié d'entrer et me voilà.

— Parbleu ! reprit de Morvan après avoir réfléchi, je ne suis pas fâché, en y songeant, du hasard qui vous amène.

— Bien obligé. Seulement ce n'est pas, comme vous scmblez le croire, le hasard qui a conduit mes pas. J'ai une affaire à vous proposer.

— Nous reviendrons tout à l'heure à cette affaire. Avant tout, il m'importe de savoir qui

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