‹ Les boucaniers (volume 2)Chapitre 67 sur 240 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

— La même qui me ramène en ce moment près de vous. Seulement, avant d'entrer dans aucune explication, je me permettrai de vous faire observer que si vous espérez abuser de mes confidences, vous vous méprenez étrangement. Je sais, moi aussi, ce que j'ignorais quand je me suis rendu à Penmarck, que vous avez besoin d'argent, et nous sommes à deux de jeu. A présent, continua lemaquignon après un court silence, voici la chose en deux mots : un voyageur fort riche a vu votre cheval Bijou et m'a chargé de vous l'acheter à tout prix. Combien en voulez-vous ?

— Mon cheval n'est pas à vendre, répondit sèchement de Morvan en se levant de dessus la chaise boiteuse sur laquelle il était assis ; mais le maquignon ne comprit sans doute pas le congé que lui donnait ainsi le chevalier, car il ne bougea pas de sa place, et reprit tranquillement la parole .

— Tenez, M. le chevalier, dit-il, je veux être franc avec vous ! La personne qui m'a chargé d'obtenir votre cheval ne regardera pas au prix. Il y a là matière pour vous et pour moi à un fort beau bénéfice ; que diable! les écus ne se trouvent pas sous les pieds des mules ! Il n'y a que les orgueilleux ouïes fous qui refusent lesbonnes

affaires. Causons peu, mais causons bien. Combien avez- vous payé votre cheval?

— Quatre cents livres, répondit de Morvan, qui se ravisa en réfléchissant que peut-être bien le hasard lui envoyait une occasion de se rattraper de l'échec-Cointo.

— Quatre cents livres ! répéta Mathurin avec étonnement. Ma foi, M. le chevalier, mon état est de tromper le monde; et c'est bien le moins qu'un maquignon ait le bénéfice de sa réputation, mais vous plaisantez et je ne veux pas abuser de votre innocence. Votre cheval Bijou vaut huit cents livres comme un écu.

— Me le payeriez-vous cette somme? demanda de Morvan en jouant une indifférence qu'il était loin d'éprouver, car celte somme de 800 livres arrivant si à propos l'éblouissait.

— Oui et non ! Si vous voulez, je vous compterai six cents livres en espèces sonnantes et je vous donnerai en retour deux chevaux, non pas bien beaux, mais capables tout de même de supporter la fatigue d'un long voyage.

— J'accepte, répondit de Morvan.

— C'est un marché conclu: j'ai votre parole de gentilhomme?

— Oui, monsieur, je vous la donne.

— Eh bien ! alors, s'écria le maquignon

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