‹ Les boucaniers (volume 2)Chapitre 69 sur 240 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

der une belle el bonne bête ; j'ai vendu ce cheval hier même au prix de dix-huit cents livres, et je puis vous assurer qu'il vaut encore davantage.

Pendant toute la journée qui suivit leur départ de Brest, le gentilhomme breton et son domestique s'entretinrent de Mathurin. Malgré les hypothèses sans nombre auxquelles ils se livrèrent, ils ne purent jamais parvenir à s'expliquer sa conduite.

Alain ne mettait pas un instant en doute que le maquignon ne fût un sorcier. Le chevalier, moins crédule que son serviteur, repoussait cette suposition, qui, au reste, laissait toujours la question intacte et irrésolue, car en admettant même le pouvoir surnaturel de Malhurin comme

un fait incontestable, restait encore à connaître le motif qui l'avait fait s'immiscer avec tant de persévérance dans les affaires de de Morvan.

Le jeune homme se promit donc, si jamais le hasard le mettait de nouveau en présence du mystérieux personnage, qu'il ne le quitterait plus qu'après avoir obtenu de lui une explication claire et catégorique de sa mystérieuse conduite.

Le début du voyage des deux aventuriers fut triste : partout leurs regards ne rencontraient que chaumières tombant en ruine , villages abandonnés. Depuis bien des années l'on n'avait vu en France la misère sévir avec une telle violence sur le peuple: les capitaux manquaient aux affaires, les bras à la culture de la terre ; la guerre avait épuisé le pays d'hommes et d'argent. Louis XIV faisait payer bien cher à ses sujets son orgueil toujours insatiable et sa gloire passée!...

A chaque instant, de Morvan et son serviteur voyaient passer sur les grandes routes des familles entières chassées de leurs pauvres demeures par l'implacable avidité du fisc: ces malheureux, pâles, en haillons, les pieds ensanglantés, s'en allaient droit devant eux, à la grâce de Dieu, se nourrissant, la plupart du

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