CHAPITRE Vir
temps, de racines sauvages, dormant à la belle étoile, et se traînant enfin dans les fossés pour mourir à leur aise.
D'autres infortunés, d'un tempérament plus nerveux, n'acceptaient pas sans lutte l'extrémité à laquelle ils se trouvaient réduits. Aussi de Morvan et Alain entendaient-ils parler vingt fois par jour de meurtres, d'assassinats, de vols à main armée, de scènes de violence.
Le chevalier avait voulu, en passant à Pontivy, acheter une paire de pistolets et une rapière pour armer Alain ; mais le bas Breton, malgré la soumission qu'il montrait ordinairement aux volontés de son maître, s'était révolté à l'idée de cette acquisition.
— Que voulez-vous que je fasse d'une épée et de pistolets? lui avait-il répondu ; je ne suis pas, grâce à Dieu, un Français, moi, et je ne connais rien à l'emploi de tous ces outils. Si vous voulez m'acheter une hache, c'est tout différent, je ne demande pas mieux. Une hache au moins est une arme qui pèse dans la main, abat proprement un homme, et ne se casse pas en rencontrant un bouton de pourpoint.
— Mais, Alain, ta hache me rendrait ridicule : j'aurais l'air d'avoir loué un bûcheron pour faire figure et remplacer mon valet.
— Eh bien, alors, mon penbas me suffit. Enfin, après bien des débats, car Alain, qui
était frère de lait de de Morvan, ne se gênait nullement, quand l'occasion en valait la peine, pour discuter avec lui, il l'ut convenu que Ion remplacerait la hache demandée et les pistolets refusés par un mousqueton.
Alain ne put toutefois s'empêcher, lorsque de Morvan lui remit l'arme à feu, de lever les épaules d'un air de pitié et de dire :
— Qu'ils sont bêtes, mon bon Dieu, tous ces Français avec leurs inventions ! Est-il possible degâter comme ça des mousquets en les coupant par le milieu.
— Tu ne réfléchis pas, Alain, qu'un mousquet est trop long et trop lourd pour que Ton puisse le porter à cheval et s'en servir en voyage.
— C'est possible, répondit Alain, mais ça n'empêche pas, ajouta-t-il, qu'ils sont joliment bêtes les Français !
Notre intention n'est certes pas de décrire, étape par étape, les alertes, les déboires et les privations que nos deux voyageurs eurent à endurer; nous avons hâte d'atteindre Paris. Toutefois, nous devons forcément mentionner une aventure qui leur arriva dans le village de Nort,