CHAPITRE VII
car cette aventure se rattache intimement à la marche et à la suite de notre récit.
Vers le milieu de la journée, de Morvan et Alain firent une singulière rencontre, celle d'un carrosse hermétiquement fermé, attelé de deux chevaux de labour et escorté par deux grands diables de laquais, déguenillés comme des hidalgos espagnols proscrits, et armés de rapières qui n'en finissaient plus. Les laquais, en apercevant nos voyageurs, tirèrent aussitôt l'épée du fourreau et se placèrent au beau milieu delà route, comme pour leur intercepter le passage.
De Morvan comprit au premier coup dœil, à la façon dont les hidalgos se tenaient en selle, à l'embarras que semblaient leur causer leurs rapières, et au déplorable état de maigreur des rosses qu'ils montaient, que le danger n'était pas bien grand pour lui ; aussi continua-t-il d'avancer tranquillement, son épée dans le fourreau, ses pistolets dans leurs fontes, et sans paraître s'apercevoir des hostilités dont il était menacé.
Il n'était plus guère séparé de ses adversaires que par une distance de dix pas quand lun d'eux, éperonnant sa rosse, parut vouloir aller à sa rencontre; mais l'animal rétif, indigné probablement des exigences ridicules de son
cavalier, se contenta de lancer deux ou trois ruades sans avancer.
— Si vous faites un pas de plus, monsieur, s'écria alors le cavalier en s'adressant à de Morvan, je vous passe mon épée à travers le corps !
— Je doute que ton épée pique autant que mon fouet, répondit de Morvan, qui, éperonnant sa monture, tomba en deux bonds tout contre son adversaire et lui cingla la figure avec sa cravache.
L'hidalgo, loin de vouloir se venger, poussa un cri de douleur et de détresse, jeta avec précipitation sa rapière, puis joignant ses mains:
— Je me rends, mon gentilhomme, et je vous reconnais pour mon vainqueur. Au nom du ciel ! ne me tuez pas, dit-il d'un ton suppliant.
Quant au second hidalgo, mieux servi par sa rosse, il avait pris la fuite.
Il eût été difficile, en voyant la grotesque figure du cavalier châtié, de conserver son sérieux ; aussi de Morvan ne put-il s'empêcher de partir d'un grand éclat de rire.
— Pourquoi m'as-tu menacé, drôle ?demandat-il au cavalier à la grande rapière.
— Hélas ! monseigneur, je n'ai engagé avec vous cette lutte, dans laquelle je savais bien de-